lundi 21 mars 2016

Sortir de sa zone de confort

Sortir de sa zone de confort.

Voilà qui résume bien mon approche pour le marathon de Toronto.

Le contexte:

Il y a 2 ans, 2 mois après avoir terminé le Ironman de Mont-Tremblant, j'étais sur la ligne de départ du marathon d'Albany. Je me souviens que j'étais un peu fatigué et que j'avais dit à ma blonde que je ne sentais pas que ce serait une bonne journée. Finalement, je n'avais pas eu une très bonne gestion de ma course mais j'avais tout de même réussi à battre mon record personnel et courir un premier marathon sous la barre des 3h05.

Au cours des marathons suivants, malgré un gros focus sur la course à pied au détriment du triathlon, je n'ai jamais été en mesure de battre ce temps, encore moins de réussir à casser la barre du 3h, ce qui est mon plus grand objectif.

J'avais donc décidé cette année de répéter la même formule qu'en 2013, avec des entraînements courts mais intenses pour mon marathon d'automne et avec un peu plus de repos juste avant ce marathon.J'ai rencontré Vincent au Ironman de Mont-Tremblant et il est embarqué dans mon plan pour également enchaîner avec le marathon de Toronto. Celui-ci court plus vite que moi mais nous avons quand même convenu d'aller s'entraîner 1x par semaine au Parc Maisonneuve sur l'heure du lunch et j'adapterais mes vitesses en fonction de mon objectif (2h59).

Quel choc pour le corps! À mon retour à l'entraînement après un repos de 2 semaines post-Ironman, j'ai enchaîné 3 entraînements par intervalles à des pace pour des courses de 5km! Au cours des 3 semaines suivantes, j'ai souvent regardé l'entraînement en me disant que j'allais l'adapter pour le rendre un peu plus facile mais ensuite je me disais que je devais sortir de ma zone de confort et suivre le plan de match. Les entraînements à des pace 10km pour un total de 15km sur l'heure du lunch sont devenus monnaie courante et lorsqu'on enchaînait avec des pace 21km, j'avais au moins l'impression de me balader!

J'ai donc enchaîné les 3 semaines suivantes avec 2 gros entraînements d'intervalles pendant la semaine et une plus longue sortie progressive un vendredi sur deux lors de ma journée de congé.Je revenais de mes entraînements avec la voix en moins, sentant toujours que je n'aurais pas pu en faire plus. Pour être honnête, c'était vraiment à la limite. Je ne pense que c'est très bon pour le corps de faire ça souvent.

Parlant de fatigue, à 5 jours de mon test (le demi-marathon de Montréal, 1 mois avant Toronto), je n'étais même pas capable d'effectuer un entraînement facile à mon pace marathon pour 1k, 2k, et 3km. Cette fois, j'ai mis le plan de côté et j'ai écouté mon corps. Au cours des 4 journées suivantes, ma seule sortie de course à pied fut le vendredi matin pour aller reconduire Mathéo à la garderie et revenir à la maison, pour un total de 6km. Au demi-marathon de Montréal, à ma grande surprise, j'ai réussi à courir les 21,1km à 4m04s le kilomètre pour 1h26 au total. Ça m'a donné beaucoup de confiance en moi et ça m'a aidé à continuer de m'entrainer fort pour un autre 10 jours avant le repos pré-marathon.

Une bière à 10h du matin avec mon ami Ben qui m'a inspiré à devenir un coureur.


Le week-end du marathon:

Le vendredi avant le marathon, je dois me faire à l'idée. Ma température idéale pour un marathon (13 degrés, même les études le prouvent!) qui est la température moyenne à Toronto à la mi-octobre, ne sera pas au rendez-vous. Ils prévoient 2 degrés pour Toronto au moment du départ, et 4 degrés à l'arrivée 3h plus tard. J'ai parfois couru mes marathons dans des température normales mais généralement j'ai couru dans la canicule. Je suis très content que ce ne soit pas le cas à Toronto mais de là à courir un marathon à 2 degrés!

J'exprime mes inquiétudes à Julie, comme quoi ce sera trop froid pour bien performer et que je ne pense pas que je pourrai réussir un marathon en moins de 3h à cette température. Julie me brasse un peu en me disant d'arrêter de chercher des défaites car généralement je trouve qu'il fait trop chaud et là je trouve qu'il fait trop froid. Vincent utilise la même technique lorsque je lui dit que je n'ai jamais été capable d'être fort du début à la fin sur un marathon, que ma vitesse ralentit toujours. Il me rappelle que je n'ai jamais non plus couru un marathon en moins de 3h. OK, je ne souhaite pas être celui qui se trouve toujours des défaites, encore moins avant une compétition. Je promets à Julie que j'irai quitte ou double et que je ne courrai pas uniquement pour réussir mon meilleur temps mais plutôt pour courir sous les 3h. Je vais au moins essayer (comme le chante Radiohead, the best you can is good enough).

Je quitte Montréal samedi matin pour aller prendre le train vers Toronto...alors qu'il neige! Ce sera également mon premier marathon sans Julie (ni Mathéo) comme Julie est en formation ce week-end là pendant que sa mère garde Mathéo à la maison. Je retrouve Vincent et quelques autres Chickens dans le train et je savoure les 5h à relaxer pendant le trajet.






Arrivés à Toronto sous un beau soleil, on va rapidement récupérer nos dossards à l'expo-marathon et on retrouve les autres Chickens pour un souper en ville. C'est à mon tour de motiver 2 autres coureurs qui doutent soudainement de leurs objectifs pour le lendemain.





Je rentre à mon hôtel tout près de la ligne du départ/arrivée du marathon et j'en profite pour voir un peu Toronto, pour ce séjour éclair de 24h 18 ans après ma dernière visite de la ville! Je retrouve mon hôtel à 55$ la nuit (...) et je suis surpris que ce soit plutôt bien finalement! Je prépare tranquillement mes trucs pour le lendemain tout en écoutant la fin du match des Canadiens à la télévision.





Le jour de la course:

Habitué de me lever tôt avec un bébé, je me surprend à me lever encore plus tôt que d'habitude, vers 5h30. Je suis reposé, en forme...et je me sens d'attaque! J'ai tout mon temps pour me préparer avec un départ tardif à 8h45 et je vais retrouver Sannie et les filles juste avant le départ. En effectuant mes accélérations, je suis surpris d'être très confortable malgré les 2 degrés. Je décide de ne pas porter de petits gants ni de cache-cou léger. J'ai mes shorts habituels de marathon et mes bas de compression, un gilet technique à manche longue, une légère veste coupe-vent, ma casquette et ma montre. Étant donné la température et comme j'ai appris récemment à boire moins en entraînement, je vais courir sans ma ceinture d'hydratation. Je porte donc ma ceinture de triathlon avec mon dossard dessus et mes 5 gels.

Le coq et les poulettes juste avant le départ!

Je jogge jusqu'au départ et je réalise que ma ceinture d'hydratation, avec le poids des gels, bouge un peu trop. J'essaie de l'ajuster mais rien à faire. J'essaie de rester positif en me disant que je dois vivre avec cette décision et je pense au gagnant du marathon de Berlin qui a couru avec une semelle qui sortait de son soulier.

En m'inscrivant à ce marathon, j'avais prévu courir le premier demi-marathon avec le lapin du 1h30 et ensuite essayer de conserver le même rythme. Récemment, j'ai décidé de plutôt y aller au feeling en prévoyant compléter le premier demi-marathon en 1h28 et m'accrocher juste assez pour réussir ce marathon en 2h59.

Dans tous les cas, je réalise que le lapin du 1h30 se retrouve derrière le lapin qui complètera le marathon en 3h15, ce qui ne fait aucun sens! Tant mieux, ça me confirme que je suis mieux de gérer moi-même ma course.

Le départ est donné et je me sens super bien pendant les premiers kilomètres. Je remarque que mes pulsations cardiaques sont élevées (170) mais je cours en écoutant mon corps et tout va bien. Je suis surpris de voir qu'on court parfois entre les rails de tramway et ça me rappelle le marathon d'Amsterdam. Après 5 kilomètres, mes pulsations sont revenues à la normale et on quitte le centre de la ville en passant près de la tour du CN et on se dirige vers le boulevard sur le bord du lac. Vincent court pas très loin devant moi. Soit qu'il a une mauvaise course ou soit que j'ai une excellente course!

Sur le boulevard près de l'eau, je réussis à courir derrière des coureurs pour me cacher du vent. Je suis chanceux car à 5 pieds 11, on dirait que je suis le plus petit coureur de mon groupe alors ça me protège encore davantage du vent!

On croise les élites qui reviennent du turn-aournd et c'est toujours un spectacle impressionnant de voir ces Kenyans ou Éthiopiens courir à 3 minutes le kilomètre avec une foulée parfaite et sans sembler forcer plus qu'il ne faut. De mon côté, j'approche du turn-around à 14km et sur mon iPod, c'est une chanson nouvelle sur ma liste qui joue et qui me fait sentir super bien (Chandelier de Sia). Je tape dans la main d'enfants au même moment et en constatant que j'ai franchi le tiers de la distance en 58 minutes. C'est à ce moment que je sens que je peux réussir ce marathon en moins de 3h.

Les kilomètres suivants se passent aussi bien et j'arrive rapidement à l'intersection où les demi-marathoniens prennent à gauche pour le dernier kilomètre. Vincent m'a prévenu que les 10 prochains kilomètres sont plus solitaires et difficiles. Effectivement, je me retrouve pas mal seul avec un bon vent de face mais je franchis les 21,1km tout juste en moins de 1h28. C'est un peu plus vite que prévu mais je me sens bien et je sens qu'il me reste encore beaucoup d'énergie. Et ma ceinture m'a seulement gênée à quelques occasions pour quelques secondes seulement et je réussis à l'oublier.

Pour les kilomètres suivants, on court dans un quartier industriel pas très joli et près d'autoroutes. Ma vitesse diminue un peu mais je demeure assez constant, en sentant cependant que je dois pousser un peu plus pour maintenir cette vitesse et je remonte les manches de mon gilet. J'essaie de courir derrière d'autres coureurs mais personne ne court à la même vitesse que moi alors je me résigne à poursuivre le marathon en solo.



Après un aller-retour autour du 25e km, on file en ligue droite longtemps et je croise à nouveau les meneurs ainsi que les 2 Canadiens qui tentent de se qualifier pour les Jeux Olympiques de Rio en 2016. Au 28e km, je passe sous les 2h mais je ressens un pincement à la cuisse droite. Le stress s'empare de moi comme ça ne m'est jamais arrivé depuis que je cours avec des bas de compression et je me dis que je dois boire un peu plus aux ravitaillements et m'assurer de continuer de prendre mes gels régulièrement. C'est à ce moment-là que je commence à douter que je puisse compléter ce marathon en moins de 3h mais je suis prêt à tout donner ce que j'ai, peu importe le résultat.

Les kilomètres suivants jusqu'à un autre turn-around au 35e km sont assez difficiles. Je réussis à garder mon rythme mais je dois augmenter mes pulsations cardiaques à 170 pour y arriver. J'y vais un kilomètre à la fois et j'ai hâte d'arriver au turn-around car je sais qu'ensuite ce sera une ligne droite jusqu'à la fin. J'atteins finalement le 35e km et tourne à 180 degrés pour les 7,2 derniers km. Je commence à être vraiment fatigué et manquer d'énergie et je sais que je ne pourrai atteindre mon objectif. J'ai toujours eu le plan B de courir le marathon en 3h et je passe mon temps à me dire de seulement garder le rythme et que j'y arriverai. J'ai des pensées parfois de prendre ça un peu plus relax en me disant que je pourrais y aller pour un record personnel de 3h02 ou 3h03. Je chasse heureusement rapidement ces pensées en me rappelant tous les entraînements difficiles que j'ai faits et que j'ai laissé Julie et Mathéo à Montréal pour ce marathon. Je n'ai pas envie de revenir sans avoir tout donné.

Ces 7,2 kilomètres sont vraiment difficiles. Je réussis à courir plus vite que lors de n'importe quelle autre fin de marathon mais je suis clairement sorti de ma zone de confort. J'espère uniquement que mon corps tiendra le coup jusqu'à la ligne d'arrivée comme je réussis à gérer plutôt bien mon esprit. À environ 2km de l'arrivée, on revient au centre-ville et j'essaie d'accélérer un peu mais je ne contrôle plus grand chose. Pour la première fois de ma vie, j'ai l'impression de ne pas être dans mon corps. Je cours comme un robot sur le pilote automatique. Je ne me sens réellement pas dans le moment présent et j'ai à 2-3 reprises l'envie de me donner une claque au visage pour me réveiller un peu. Après 2h59 de musique, ma liste de lecture se termine et je vois rapidement le chiffre de 3h s'inscrire sur ma montre. Je suis tout près de la ligne d'arrivée et lorsque j'aperçois le chronomètre qui vient de changer à 3h01, sachant que je ne suis pas parti le premier sur la ligne de départ, j'effectue une dernière accélération en espérant que mon temps final sera de 3h.

Technique horrible de course à pied pour les derniers mètres du marathon!


Vincent m'attend à la ligne d'arrivée, de super bonne humeur avec un objectif plus qu'atteint (2h53) et on jase également avec Pierre Lavoie qui est arrivé un peu avant Vincent. Je suis obligé de me tenir après Vincent tellement j'ai mal partout et que marcher est difficile. Mais je suis super heureux et très fier de moi. Je pense avoir réussi 3h mais au pire, j'ai vraiment tout donné et j'ai amélioré de beaucoup mon record qui datait de 2 ans, soit 3h04 et 56 secondes.

Je fais le signe de 3h...même si je ne connais pas encore mon temps final!


Je réussis lentement comme un escargot à me rendre à l'hôtel et avant de prendre ma douche, je regarde le site officiel pour connaître mon temps: 3h00 et 58 secondes!!! Je suis super heureux!!! J'aurais sincèrement été vraiment déçu d'avoir couru 2 secondes plus lentement!

Je réponds à quelques messages-textes de supporteurs du Québec et je retrouve Sannie pour un lunch rapide avant de retourner prendre le train de retour. L'hamburger est délicieux, tout comme la bière!

Dans le train du retour, l'ambiance est à la fête. J'aurais évidemment préféré courir sous les 3h mais je suis quand même hyper heureux. Je commençais à avoir des doutes sur mes capacités de courir un marathon en 3h et je sais maintenant que je peux réussir à courir en 2h59 avec les conditions idéales. Dans le pire des cas, je peux vivre avec un meilleur temps personnel de 3h sur un marathon! :-)

Quelques mois plus tard, j'ai décidé de tenter à nouveau ma chance au marathon d'Albany pour réussir mon marathon en 2h59. Mieux que ça, mon objectif sera de me qualifier pour le marathon de New-York en 2h57 pour mes 40 ans! Je vais également courir le marathon d'Ottawa mais sans grandes attentes. Le parcours d'Ottawa est plus difficile que celui de Toronto et il fait généralement beaucoup plus chaud que les 2 degrés de Toronto! À suivre...




dimanche 23 août 2015

La retraite du Ironman

J'ai retrouvé mon statut Facebook du 21 août 2013. Ça semblait sans équivoque.

Je confirme ma retraite du ironman. La magie n a pas opérée cette année avec pas beaucoup de fun et une chaleur difficile (j ai même perdu 10lbs). J ai au moins eu du fun au marathon et été capable de pousser plus que l an dernier et j ai amélioré de beaucoup mon classement. Merci aux supporteurs incluant familles, chickens et bénévoles en or. Je vais maintenant me concentrer sur des demi ironman et marathons, mon épreuve préférée!

Julie et moi sommes devenus parents près de 1 an après cet Ironman et j'étais vraiment ailleurs dans ma tête et dans le sport. Mais j'avais un goût amer des Ironman en ayant terminé sur une mauvaise note le dernier alors que j'avais pourtant adoré ma première expérience. J'avais également un sentiment de ne pas être allé jusqu'au bout. Je me posais parfois la question à savoir si je pouvais avoir de l'énergie jusqu'à la fin, ça ressemblerait à quoi un Ironman? J'ai également de l'orgueil et je trouvais ça plate de terminer avec un Ironman de 11h04. Même si c'est par une grande chaleur sur un parcours difficile, c'est quand même plate de ne pas être en-dessous des 11h par 4 minutes. Surtout que c'est une idée stupide de boire un Boost avec des produits laitiers en plein milieu d'un marathon qui m'a envoyé aux toilettes pour plus de 4 minutes...
 
L'occasion de sortir de ma retraite est survenue autour des Fêtes en 2014, alors qu'Hélène, avec qui j'avais d'ailleurs fait mon premier Ironman, nous a offert à Julie, Mathéo et moi de partager un chalet qu'ils avaient acheté près de Mont-Tremblant. J'allais également débuté un congé de paternité de 5 mois en mars 2015 et Mathéo était le bébé le plus heureux au monde à faire ses siestes pendant que papa courait avec lui dans son Chariot ou skiait avec lui.

J'en ai beaucoup discuté avec Julie qui avait peur de l'entraînement que ça demande. J'ai convaincu Julie qu'elle ne verrait pratiquement pas de différence comme je souhaitais m'entraîner avec une méthode minimaliste qui demande moins d'heures d'entraînement mais plus d'intensité, une formule parfaite pour un papa!

Pour les intéressés, mon inspiration:

http://robbwolf.com/2012/09/21/10-ways-ironman-triathletes-avoid-chronic-cardio-self-destruction
 
Je me suis donc inscrit à la fin janvier en décidant d'en parler uniquement à ma famille et à demander à tout le monde de garder ça confidentiel. Je souhaitais me concentrer sur mon prochain marathon en mai et j'avais également peur du jugement des autres de voir un jeune père s'entraîner pour un Ironman. Dans la tête des gens, ça prend 20-25 heures par semaine d'entraînement pour un Ironman.

J'avais toujours en arrière-pensée que j'allais faire un Ironman au mois d'août mais je n'y pensais jamais beaucoup au cours des prochains mois. Une étape à la fois. J'ai fait beaucoup de courtes sorties de ski de fond et j'ai terminé avec un superbe temps une course difficile de 45km dans le Parc de la Mauricie la semaine suivant le demi-marathon hypothermique de Montréal où j'avais terminé 12e. Je réalisais que mes entraînements avec Mathéo étaient très payants et que je pouvais me concentrer sur l'intensité au lieu de l'endurance.

Au cours de l'hiver, j'ai fait du spinning seul ou avec Julie environ 1x par semaine lorsque Mathéo était couché pour 45 minutes intenses en moyenne. J'allais également nagé 1-2 midis par semaine tout en intervalles au YMCA avec Isabelle des Chickens. Je courais 1-2 midis, toujours avec la même intensité, sur l'heure du lunch, et je cumulais ainsi environ 7-8h d'entraînement par semaine, sans affecter la qualité de vie familiale.

Suite à mon marathon du mois de mai, j'ai fait mon coming-out sur Facebook comme je débutais mes entraînements spécifiques au Ironman au début juin. En fait, mon programme était très simple et ressemblait à ceci pendant mon congé parental pour le mois de juin pour 12h d'entraînement par semaine lorsque nous étions au chalet durant le week-end et 10h d'entraînement l'autre semaine où nous n'étions pas au chalet:

Première sortie de vélo avec Mathéo à Tremblant! 20km/h de moyenne pour 22km...avec un frein collé!


Lundi: Repos
Mardi: 1h15 d'intervalles avec Mathéo en course à pied au Parc Maisonneuve le matin, vélo (3h) avec CCCP et course à pied (15 minutes) en soirée
Mercredi: 1h d'intervalles à vélo avec Mathéo au Parc Maisonneuve, 1h de natation en soirée
Jeudi:Repos
Vendredi: Course relax avec Mathéo au chalet (45 minutes)
Samedi: 3h de vélo au chalet, course de 30 minutes, natation de 1h en lac
Dimanche: 1h30 de course au chalet, souvent 1h avec Mathéo et 30 minutes sans Mathéo

Lorsque nous n'étions pas au chalet les week-end, je faisais simplement de courtes sorties intenses à vélo ou à la course à pied au cours du week-end.

En juillet, c'était sensiblement la même chose sauf que le mardi soir devenait de la nage en eau libre avec mon club de triathlon suivi par du vélo sur le circuit de formule 1 et une courte course à pied (et pas de natation le mercredi soir).  Les samedis, j'effectuais une sortie de vélo un peu plus longue (4h) et une plus longue sortie de course à pied le dimanche (2h). Je m'entraînais ainsi une quinzaine d'heures par semaine.

Mes entraînements se passaient très bien, j'avais eu un excellent triathlon Olympique à la fin juin à Victo et en juillet j'ai eu la chance de faire quelques longues sorties de vélo sur le parcours du Ironman avec les autres athlètes des Chickens qui étaient également inscrits. Je partais généralement du chalet pour optimiser mon temps versus prendre la voiture pour les retrouver au village touristique.

Arrivée de mon triathlon Olympique à Victo...test de condition physique réussi!


J'ai terminé mon entraînement avant 2 semaines de vacances où nous sommes finalement restés au chalet tout ce temps. Je faisais du maintien avec un peu d'intensité en accompagnant Julie avec Mathéo lors de ses intervalles de course à pied pour son demi-marathon à venir en octobre ou lorsque nous allions à la plage en vélo avec Mathéo (50km avec quelques côtes difficiles avec un chariot double!).




Après une semaine de repos à Montréal où Mathéo était en intégration à la garderie (le porter à vélo était mon entraînement!), nous sommes repartis vers Tremblant pour le Ironman. Toute la logistique entourant le Ironman devenait un peu plus complexe avec un bébé (heures spécifiques pour l'enregistrement des athlètes, pour aller porter son vélo, ses sacs de transition, etc.) mais Julie était prête et Mathéo était super collaborateur.

Dernière course en famille avant le grand jour!


Mes entraînements la semaine avant le Ironman!


Vélo prêt pour le lendemain.


J'étais très calme avant le Ironman. J'avais la même attitude que lors de mon dernier marathon de Boston en étant ici pour m'amuser, savourer le moment et ne pas me mettre trop de pression. C'est certain que je souhaitais au minimum faire moins de 11h et avec une météo normale je me voyais même terminer entre 10h30 et 10h45. Lorsque la canicule fut confirmée, je me suis rabattu sur mon objectif de 11h sans me mettre trop de pression et trop en parler.



La veille du Ironman, une lente crevaison a généré un peu de stress mais je l'ai oublié au bar de l'auberge de jeunesse où j'ai pris une bière avec mes supporteurs! :-)



J'ai seulement dormi 4h cette nuit-là car il faisait beaucoup trop chaud dans notre chambre, mais en tant que papa, j'avais déjà traversé de courtes nuits comme ça et j'étais en pleine forme et d'excellente humeur le matin même.

Journée du Ironman

Dans la van de l'auberge de jeunesse qui nous amène à la zone de transition à 5h du matin, je suis le p'tit farceur de la gang. Je rappelle aux autres athlètes que c'est comme une grosse journée au bureau, mais sans climatisation, avec un peu de temps supplémentaire, et une bière bien méritée à la fin de la journée! La van nous débarque et je crie Yahoo avec un gros sourire fendu jusqu'aux oreilles.

Je finalise tout de suite la préparation de mes sacs et je retrouve 2 Chickens pour me marquer dans la zone de transition avant de retrouver les autres Chickens avec leurs crêtes de coq! C'est le temps des grosses accolades et de m'ajouter de la crème solaire avant de me diriger vers le lac. Je rejoins Julie en chemin qui a couru les 3km à 6h du matin avec Mathéo dans sa poussette de ville!







On s'embrasse et je me dirige vers la plage pour m'activer un peu à la natation pour ne pas chercher mon souffle pendant les premières minutes du Ironman. Je m'inquiète un peu car j'ai oublié d'apporter du Gatorade dans ma bouteille d'eau et je bois de l'eau seulement depuis la dernière heure, moi qui fait de l'hypoglycémie. Une supporteur du club de triathlon Fort Chambly m'offre une barre de fruits et je sens que ce sera parfait. Je m'active un peu dans l'eau et j'en profite pour observer le beau paysage et le départ des pros. Je suis tellement en contemplation que je réalise un peu tard que ma vague de départ est prévue...dans 1 minute! Je sors de l'eau à toute vitesse et marche rapidement vers le départ. Je croise JF Bouchard, un ancien Chickens avec lequel je nageais à ma première année avec les Chickens. Nous étions 4 roches dans notre corridor des plus lents...je suis resté lent mais celui-ci nage très bien maintenant. Heureusement que j'ai mon Wetsuit...même plein de gros trous il me permet de bien m'en tirer.

6:45: C'est un départ!

Je suis excité mais confiant et je me lance à l'eau en criant! Je prévois compléter les 3,8km de natation entre 1h10 et 1h16 mais je n'ai pas d'objectif précis car je veux surtout être efficient et dépenser le moins d'énergie possible et ne pas utiliser mes jambes. J'y vais donc confortable, en suivant parfois d'autres nageurs, parfois non, en nageant plus ou moins en ligne droite et en tombant quelques fois dans la lune, réveillé par les autres nageurs qui m'accrochent. Je fais une nage correcte et je pense être plus près de 1h16 que 1h10. Je sors de l'eau et je suis surpris de voir l'heure car je crois que ça me donne 1h12, ce qui serait mon meilleur temps (1h16 et 1h13 dans le passé). J'apprendrai après la course que ce fut finalement 1h14. Je suis très content car je sens mes jambes fraîches en sortant de l'eau et que j'ai très peu dépensé d'énergie pour cette portion de la course.

En sortant de l'eau, je salue une supporteur (Manon) et je tombe en pleine face sur le tapis de la sortie! Je pars à rire, je me relève et je continue ma course pour me faire enlever mon Wetsuit et me diriger vers la tente de transition. Je reconnais rapidement plusieurs personnes qui crient mon nom et je lève les bras en leur direction.



Dans la tente de transition, je suis surpris de voir JF devant moi. Il est reconnu pour prendre VRAIMENT son temps dans les transitions mais ça m'indique quand même que ma nage ne devait pas être trop mal. Je fais (enfin!) une transition rapide, retranchant 2 minutes à mes transitions des dernières années.

Je pars heureux sur le vélo, en ayant des jambes fraîches et en sachant que j'ai déjà près de 5 minutes d'avance sur mes temps précédents. Je me suis entraîné sur le vélo pour être constant et être capable de garder le même effort sur les 2 boucles. Je dois être sage sur la première boucle de 90km et je dois également m'asperger régulièrement d'eau et bien manger. C'est dans la 2e boucle de vélo que mes 2 Ironman précédents se sont gâchés. J'espère faire au moins le même temps que la dernière fois (5h46) mais idéalement en bas de 5h40.

Je roule confortablement pendant la première boucle et je m'assure de respecter mon plan: à chaque station d'aide qui sont environ aux 30km, je prends une bouteille d'eau, boit qq gorgées, me vide la moitié de la bouteille sur la tête et sur le corps et je prends une bouteille de Gatorade que je boirai qq gorgées à la fois pour la prochaine heure. À mi-chemin entre les stations d'aide, je m'asperge à nouveau avec le reste de la bouteille d'eau. Je prends un gel, une capsule de sel et environ une demi-barre à chaque heure. Je suis super heureux de mes nouvelles barres et gels: une barre aux arachides et caramel Powerbar (un festin!) et des gels au caramel et sel Gu (miam!).

Au tout début du parcours de vélo.


La première boucle de vélo se passe très bien et même s'il fait chaud, il y a beaucoup de nuages et je complète la première boucle en 2h41. C'est un peu vite mais ça ressemble à mon temps des dernières années (2h40). Et j'ai vraiment du fun. J'asperge souvent les bénévoles qui me tendent les bouteilles d'eau, j'essaie de déjouer les gardiens de but où nous tirons nos bouteilles vides et lorsque je passe devant la foule à St-Jovite et près de la zone de transition, je touche mon oreille en levant le bras pour signifier à la foule qu'on ne l'entend pas.

Ma vitesse diminue dans la deuxième boucle mais mon effort demeure le même. Je suis positif car il n'y a pas plus de cyclistes qui me dépassent que lors de la première boucle. À l'arrivée des côtes dans Duplessis, je suis surpris à ressentir des crampes dans les quadriceps, ce qui ne m'est jamais arrivé. Je serre les dents en espérant ne pas cramper complètement avant la fin du vélo et ça reste finalement OK. Je suis super content de mon temps final: 5h37.

Je fonce vers la zone de transition, croise des supporteurs et tape dans les mains de Véro et Réjean et je m'asseois pour changer de souliers. Merde, ma cuisse droite crampe solidement à 2 reprises!

À la sortie du vélo, en direction de la tente de transition pour le marathon.



Une fille de l'équipe médicale est à côté de moi et je lui demande conseil. Elle me demande si je souhaite poursuivre l'Ironman. Certain! Elle me dit qu'un masso pourrait me faire un massage de 2-3 minutes. Trop long! Elle me convainc que ça ne changera pas grand chose à mon temps final. Humm..je ne pense pas que j'aurai des problèmes à la course à pied malgré cette crampe mais si jamais j'ai un problème plus tard, je n'aurai sûrement pas accès à un masso aussi rapidement et je pourrai courir l'esprit libéré. J'accepte. Ça me fait une pause de 2 minutes couché pendant que le masso dégage un peu mon muscle.

Je me lève, remercie les bénévoles et je débute mon marathon, en sachant que j'ai une quinzaine de minutes d'avance, donc un marathon juste en bas de 4h me donnerait mon 11h. Mais c'est plutôt autour de 3h45 que je vise avec cette chaleur (3h30 pour météo normale). Je dois donc courir à 5 minutes le kilomètre et ça me laisse une quinzaine de minutes pour compenser mes arrêts pour m'asperger ou aller aux toilettes. Ayant déjà couru 1h à ce rythme avec Mathéo dans les côtes autour du chalet à Tremblant après 5h de vélo (ma plus grosse journée d'entraînement), je sais que je peux tenir ce rythme.

Je croise tout de suite les Chickens au début du parcours et mes 15 premiers kilomètres vont super bien. Je cours en plein contrôle à 4m55 en moyenne et mes pulsations cardiaques sont très basses malgré la chaleur (entre 140 et 148, ce qui correspond normalement à un jogging relax). Je ne veux pas aller plus vite car il fait très chaud...et parce que c'est long un marathon! Je dépasse énormément de coureurs et les seuls qui me dépassent sont les pros! Je suis vraiment dans mon élément.

           Avec tout ce qu'ils ont fait pour moi, pas le choix de m'arrêter embrasser Julie et Mathéo au début du marathon.


Je ralentis légèrement à chaque station pour m'asperger d'eau dans le visage, le cou, la poitrine et les bras, boire un peu et mettre de la glace dans ma casquette et dans mon dos. Je bois également dans mes bouteilles entre les stations. J'essaie de retarder le plus possible le moment où je devrai marcher ou m'arrêter pour la première fois (et pisser!).  Je convainc mon esprit et mon corps de retarder toujours ce moment. J'essaie de compléter la première boucle (demi-marathon) avant cet arrêt, mais autour de 15km, j'ai vraiment envie et je sens que je commence à avoir pas mal chaud. Je m'offre donc le luxe d'une longue pause-pipi et d'un arrêt à une station pour m'asperger de 2 bouteilles d'eau sur la tête.

Les kilomètres suivants, sur la route en vallons, en plein soleil et sans supporteurs connus, sont difficiles alors que j'ai toutes les difficultés à ne pas surchauffer. Je réussis encore à courir sous les 5m le kilomètre mais je dois m'arrêter un peu plus longtemps pour m'asperger solidement d'eau. Lorsque je croise un résident avec une housse à eau, je m'arrête carrément quelques secondes pour qu'il m'arrose tout le haut du corps.

Je me sens un peu mieux à l'approche des côtes à la fin de la première boucle, sachant en plus que je retrouverai mes supporteurs. Je franchis sans difficultés les grosses côtes qui ne sont rien en comparaison avec celles dans lesquelles je me suis entraîné avec le Chariot au cours des derniers mois! Je cours quelques mètres avec une pancarte en l'honneur de Julie Gaudreau qui n'a pas pu prendre le départ à la dernière minute en raison d'une fracture à la hanche. Ma pancarte la fait sourire: Hanche à vendre: 750$ (le prix de l'inscription au Ironman).

Je prends quelques caspules de sel supplémentaires dans mon sac de ravitaillement personnel et je termine ainsi la première boucle. Je suis exactement dans mes temps mais je sais que le demi-marathon à venir sera très difficile.

Et c'est ce qui arrive. Je n'ai jamais fait quelque chose d'aussi difficile de ma vie. Conserver ma vitesse et me forcer à ne JAMAIS marcher est super difficile, car il fait 35 degrés en plein coeur de l'après-midi et parce que le 3/4 des coureurs marchent maintenant. Je dois constamment prévenir que je passe à gauche, au centre ou à droite de coureurs. Chaque station d'aide est une récompense. Mes jambes demeurent cependant solides, je n'ai aucune douleur et j'ai encore du fun avec les bénévoles, faisant des blagues avec eux et les remerciant régulièrement. J'y vais un kilomètre à la fois et je regarde souvent ma montre pour m'encourager. Si je maintiens ce rythme, je devrais être capable de compléter mon Ironman en moins de 11h.

            Vidéo filmée par Bart qui montre bien à quel point la grande majorité des coureurs deviennent des marcheurs.


C'est en approchant du village touristique, à 2km de la ligne d'arrivée, que je sais que je vais atteindre mon objectif de 11h...en ayant eu du fun en plus (objectif premier!). J'ai même réussi à accélérer avec 5km à faire et je ne m'arrête plus aux stations d'aide, je ne fais que boire et m'asperger d'eau et de glace en courant. Arrivé aux dernières montées dans le village, je croise Julie qui me remet Poupou, la mascotte de notre club. Je brandis Poupou dans les airs et je crie, super fier de moi. Je suis euphorique pour les derniers 500 mètres à franchir. Je franchis la ligne d'arrivée les bras dans les airs et je m'arrête directement dans les bras de Stéphane, bénévole-médical à l'arrivée. Je suis tellement heureux.

Je n'avais pas regardé ma montre récemment et je suis surpris de savoir que j'ai complété le Ironman en 10h50. Je pensais être beaucoup plus près de 11h. Je suis complètement exténué et je reste une bonne vingtaine de minutes à avoir de la difficulté à bouger et me sentir étourdi et très fatigué. Les bénévoles du médical sont de vrais anges et ils s'occupent beaucoup de moi. Vincent m'aide également à m'apporter un peu de nourriture et à trouver Julie qui a la permission de venir s'asseoir et manger avec moi. On en profite pour souper sur place avec Mathéo comme j'ai terminé ma course juste à temps pour son heure de souper!

J'ai terminé juste à temps pour l'heure du souper de Mathéo!


J'apprendrai par la suite que j'ai terminé 203e sur plus de 2 200 athlètes cette journée-là et que je suis 33e dans mon groupe d'âge. Lors de mes Ironman précédents, avec beaucoup plus d'entraînements et des températures moins chaudes, j'avais terminé 492e et 340e pour la 100e place et 61e place de mon groupe d'âge.

Je peux donc retourner à ma retraite en paix et me concentrer sur ce qui est mon plus gros défi sportif: réussir à courir un marathon en moins de 3h! Prochain essai à Toronto dans 2 mois!

lundi 27 octobre 2014

Marathon d'Amsterdam: Contrôler ce que je peux contrôler

18 octobre 2014, 20h30.

Nous venons enfin de rentrer à notre hôtel à Amsterdam après avoir attendu trop longtemps nos repas take out qui ne devaient prendre que 15 minutes à préparer. Ça fait qq heures que je suis un peu étourdi sans savoir si c'est la faim ou la fatigue (probablement les deux). On ouvre finalement nos sacs contenant nos soupers et je ne peux m'empêcher de lâcher un sacre en voyant la grosseur de ma portion de lasagne la veille du marathon. Heureusement que Julie avait commandé un surplus de riz avec son plat Indien. Je dévore mon entrée de lasagne, mange une partie de son riz et me dit que ça devrait faire l'affaire car il est près de 22h et que je dois préparer mes trucs pour le lendemain avant d'aller me coucher.

Nous avons quitté Liège en Belgique le matin même à 11h30 pour l'habituelle tournée des transports, heureusement avec Mathéo qui fut un excellent voyageur tout au long du voyage, particulièrement dans les transports. 10 minutes de train pour changer de gare à Liège, 1h pour se rendre à Bruxelles, attente de 90 minutes à l'aéroport de Bruxelles pour manger un sandwich, enregistrer les bagages et passer les contrôles, arrivée à Amsterdam à 17h, attente des bagages, autobus de 15 minutes pour s'arrêter rapidement à l'expo-marathon récupérer mon dossard et chandail offert, tramway complètement bondé pour se rendre au centre-ville d'Amsterdam en 20 minutes et 20 minutes de recherche de notre hôtel à pied avec Mathéo et tous nos bagages pour arriver à l'hôtel à 18h30.

J'ai toujours adoré visiter les expo-marathon mais avec Julie et Mathéo qui m'attendent, ce fut surtout l'occasion d'un léger réchauffement à la course à pied pour faire ça le plus vite possible. J'ai quand même pris quelques photos pour montrer l'ambiance: un DJ qui anime et un superhéro géant rappelant le thème du marathon cette année. L'ambiance est à la fête sur place mais c'est demain que la fête aura lieu de mon côté. J'ai au moins le temps d'apercevoir le fameux Stade Olympique où aura lieu le départ et l'arrivée du marathon. Il s'agit du Stade utilisé pour les JO de 1932, premiers Jeux où les femmes ont d'ailleurs pu courir le marathon et première fois que la fameuse flamme Olympique fut allumée.







Julie est super excitée pour moi et me demande comment je me sens à la veille du marathon. J'ai très hâte d'aller courir, de découvrir ce beau parcours, mais je ne me sens pas très compétitif, surtout après une semaine de vacances en Europe. Je sais également que la différence est grande entre un marathon en 3h04 (mon plus rapide à présent) et un marathon en 2h59 et que je devrai être prêt à souffrir.

Malgré tout, je me suis bien entraîné les 2 mois avant ce voyage et j'ai quand même 4 plans pour ce marathon:

Plan A: Moins de 3h
Plan B: Record personnel
Plan C: Qualification pour Boston en moins de 3h10
Plan D: Le terminer!

La météo annoncée est de 18 degrés au lieu des 13 degrés habituels et ils ont même émis un avertissement de chaleur! Ça fait beaucoup rigoler les Nord-Américains habitués à courir des marathons à des températures plus élevés! Les vents annoncés sont de 40km/h, ce qui sera une première pour moi.

Sans être des conditions dramatiques, pour ces raisons, j'oublie déjà mon plan A et je pense que le plan B peut être réaliste mais je sais qu'au fond de moi, l'important est que je le termine, sauf en cas de blessure. Je n'aurais jamais pensé dire ça mais depuis mon abandon du marathon d'Ottawa, ça m'est resté en tête et je ne veux plus vivre ça. Ça semble ce qu'il y a de plus facile à faire d'abandonner quand tout va mal mais c'est bien pire mentalement par la suite et ça reste en nous. Je ne veux pas revivre ça.

Je dors bien pour une veille de marathon, encore une fois avec la contribution de Mathéo qui fait sa nuit. Je me réveille en avance et comme je m'enligne pour avoir 1h à attendre mon départ au Stade, j'accepte finalement l'offre de Julie qu'elle m'accompagne avec Mathéo pour me voir dès le départ. Je m'occupe de Mathéo pendant que Julie se prépare, mais un bébé étant un bébé, on sort de notre hôtel 15 minutes plus tard que prévu, à 8h45. Le départ du marathon est à 9h30 et on doit marcher 5 minutes vers la gare de train et c'est ensuite 20 minutes de métro. Je vois un taxi devant notre hôtel et j'ai une envie de le prendre mais je me dis qu'on sera OK.

On arrive à la gare de train et on perd 15 minutes avec la machine automatique pour acheter des titres de transport. Je souhaitais me procurer les billets la veille mais j'étais finalement trop fatigué pour m'occuper de ça. Je commence à stresser pas mal lorsqu'on embarque finalement dans le métro à 9h...

Pas le choix, je devrai franchir les 1,5km entre la station de métro et le Stade en réchauffement pour le marathon...sauf qu'il est 9h20 lorsque je sors du métro...ça fait un réchauffement pas si mollo que ça, en plus que je dois demander mon chemin. J'embrasse Julie et Mathéo et on se confirme les points de rendez-vous.

Toujours dans le métro à 9h20...le départ du marathon est à 9h30...


J'arrive finalement au Stade juste avant 9h30 pour réaliser que l'entrée vers le Stade est super étroite et que je ne peux dépasser les autres coureurs pour aller rejoindre ma vague de départ, pour les gens qui visent à le faire en 3h. Dans ma tête, c'est la panique. J'aurais envie de pleurer. Je ne peux croire que je traverse l'Atlantique pour faire un marathon et que je manquerai mon départ de 2 minutes. J'entends sans le voir le départ des pro et de ma vague. Je dois me parler, travailler mon mental et me rappeler mon mantra pour ce marathon: contrôler ce que je peux contrôler. Je me convainc que ce n'est pas grave, que mon plan de suivre le lapin de 3h compte tenu de la météo m'aurait peut-être brûlé. J'arrive finalement sur la piste où part le marathon et je vois un corridor libre qui semble être celui des coureurs de ma vague qui sont déjà partis. Je crie aux bénévoles 3h marathon et ils me regardent en voulant dire :Whatever, ta vague est déjà partie mais va y.

Vue de l'intérieur du Stade Olympique la veille du marathon


C'est finalement un départ. Je me force à crier un peu et lever les bras dans les airs pour prendre une attitude positive. Je fais un demi-tour de piste et on sort du Stade au son de musique techno super forte.

Je cours complètement à droite pour essayer de rejoindre des coureurs qui courent à ma vitesse. Sauf que les rues sont vraiment étroites sur les 2 premiers km du parcours avec 16 000 marathoniens et on doit en plus faire attention au sol car c'est une voie empruntée par les tramways et il y a beaucoup de rails par terre. En arrivant dans le plus grand et plus beau parc d'Amsterdam (Vondelpark), je sens que j'ai rejoint des coureurs de ma vitesse et que je peux être plus constat.
L'entrée du Vondelpark où nous passons après 2km


À ma surprise, lorsque j'arrive au 5ekm, j'y suis exactement dans mes temps prévus. Je sens par contre que j'ai dépensé plus d'énergie que prévu avec mes nombreuses accélérations et je ressens déjà le soleil et les 18 degrés. Les stations d'aide sont situées à tous les 5km et je m'asperge déjà d'eau sur la tête et sur le corps. Les bénévoles semblent surpris, ça semble moins populaire comme moyen de ne pas surchauffer en Europe qu'en Amérique.

Au 7ekm, pas le choix, j'ai déjà besoin de prendre un gel. Je me dis que la journée sera longue car je n'ai jamais pris de gel si tôt dans un marathon. De toute façon, avec l'espèce de jus d'orange à la McDonald qu'ils donnent comme boisson sportive, sûrement sans électrolyte, je dois encore plus que d'habitude prendre mes gels et mes capsules de sel.

Enfin, je continue quand même à courir autour de 4m15-4m20 le km et le gel me donne un peu d'énergie. On franchit ensuite un des points marquants du marathon en passant à travers le splendide bâtiment abritant le musée le plus populaire d'Amsterdam (Rijksmuseum). Je croise Julie et Mathéo qui m'encouragent et je leur fais un beau sourire en pointant ma montre pour signifier que je suis sur mes temps de passage.

Un des symboles du marathon d'Amsterdam: courir sous le Rijksmuseum


La foule est très nombreuse à nous encourager mais elle est silencieuse, criant seulement pour les coureurs qu'elle connaît. J'essaie de les réveiller un peu en leur faisant signe qu'on ne les entend pas mais j'obtiens un résultat mitigé. On cours toujours dans les rues d'Amsterdam et l'architecture est superbe et dépaysante. Dans une courte section aller-retour, je croise le groupe de tête, une quinzaine d'Africains, suivi un peu plus loin de la personne qui devait être mon guide touristique pour la journée, le lapin du 3h qui court avec des ballons blancs inscrits 3h dessus. Plusieurs coureurs sont avec lui et je suis surpris qu'ils sont seulement 1-2 minutes devant moi. J'en suis heureux mais je décide de conserver le même rythme et de ne pas tenter de les rejoindre. Tant mieux si c'est le cas mais je ne veux pas me brûler davantage et je me doute que je n'ai pas la journée pour réussir un marathon en 3h aujourd'hui.

Au 10ekm, on sort de la ville pour longer une rivière pour les 20 prochains km qui nous amènent dans la campagne d'Amsterdam. Ça ressemble un peu au marathon d'Ottawa autour du Canal Rideau mais c'est la vraie campagne autour avec des champs verts et de superbes maisons de campagne. Des bateaux de l'organisation circulent sur la rivière avec des DJ qui font jouer de la musique techno super forte. Vraiment sympathique. Ce qui est moins sympathique, c'est le puissant vent de face de 40km/h. J'essaie de courir avec d'autres coureurs et de conserver la même vitesse mais après seulement 10km dans le marathon, c'est mauvais signe de devoir forcer autant. Je m'encourage en sachant qu'en revenant de l'autre côté j'aurai le vent de dos pour les 10km suivants.

J'arrive au turn-around près de la marque du 20km et je suis heureux de constater que j'ai à peine ralenti ma vitesse, mais je me sens fatigué. Je prends un deuxième gel et je constate que je ne sens pas le vent de dos que j'espérais, et que le gel ne fait pas une grande différence. Merde. Je sais à ce moment que c'est terminé pour moi aujourd'hui, que j'aurai couru les 20 premiers km mais que je devrai me contenter de survivre pour les 22 prochains. Je ne suis pas particulièrement surpris ni déçu. Je me dis que je vais y aller pour le plan C, une qualif pour Boston en moins de 3h10 et que j'en profiterai pour observer davantage le paysage et profiter de la chance que j'ai de courir ce marathon.

On franchit d'ailleurs la marque du demi-marathon tout près d'un fameux moulin à vent de la Hollande et je suis à 1h33 de course. Mais tranquillement, ma vitesse diminue, passant autour de 4m30 le kilomètre vers 4m45 au cours des kilomètres suivants.

Au ravitaillement du 25ekm, je commence à me sentir étourdi (fatigue et manque de nourriture je pense) et pour la première fois je marche environ 1 minute à la station d'aide en buvant et en m'aspergeant d'eau. Le soleil nous a quitté après 10km et c'est maintenant nuageux mais j'ai quand même très chaud.

La petite pause me fait du bien et le plus beau moment de mon marathon approche alors que Julie et Mathéo m'attendent autour du 26ekm. Je ralentis pour m'arrêter à la hauteur de Julie et je sens dans son regard qu'elle a peur que je lui mentionne que je vais abandonner. Je lui dis plutôt que je n'ai aucune énergie et que c'est tough mais que je vais le terminer, probablement autour de 3h10. Je l'embrasse et embrasse Mathéo qui est bien réveillé et je poursuis ma route avec un regard derrière moi en leur direction. Je sens une vague d'émotion m'envahir. Faut vraiment aimer quelqu'un pour se déplacer en métro sur le parcours avec un bébé de 3 mois pour l'encourager et le voir seulement qq secondes.

Mon petit bonheur sera de courte durée. On est maintenant dans la partie laide du marathon, une zone industrielle, et je cours sur le pilote automatique autour de 5 minutes du km maintenant. Je me fais énormément dépasser et je suis vraiment étourdi. Je réalise que ne réussirai jamais à compléter le marathon en 3h10 et que ce sera plutôt autour de 3h20-3h30. Je décide de ne pas trop m'en faire, de ne pas trop consulter ma montre et d'y aller un km à la fois et de marcher un peu aux stations d'aide. Je commence à remercier les bénévoles et je me surprend même à chanter un peu pendant que Cum on feel the noize joue sur mon iPod (essayez de résister à cette chanson en courant!).

Autour du 30ekm, la pluie débute. Re-merde. Je cours maintenant autour de 5m30 le kilomètre et j'ai presque froid. Je pense également à Julie avec Mathéo qui m'attendra plus longtemps que prévu sous la pluie. J'essaie d'aller plus vite mais je n'ai aucune énergie. Je cours maintenant plus lentement que lors de mes marathons à la fin de mes Ironman! Je ne comprends pas car je m'étais bien entraîné pour ce marathon mais visiblement l'absence de carb load efficace (manger beaucoup de glucides, des pâtes entre autres, les jours précédent le marathon...normalement je mange comme un ogre la veille d'un marathon) et probablement mes accélérations au début du marathon m'ont fait mal.

J'aurais TELLEMENT envie d'abandonner mais je me suis juré que ça n'arriverait pas, à moins d'une blessure. Les km passent tellement lentement mais heureusement, autour du 35ekm, on arrive dans la ville à nouveau et je peux profiter de l'architecture. Des supporteurs commencent également à m'encourager en criant mon nom inscrit sur mon dossard...je présume que je dois avoir l'air d'un gars qui en a besoin!

Un gars me dépasse alors qui court avec un speedo aux couleurs du drapeau américain et il tient un petit drapeau du même pays. Outre son speedo, il ne porte que ses souliers. La foule l'encourage bruyamment et il fait rire tout le monde. Ça me fait sourire et j'essaie de courir avec lui pour changer le mal de place. Il semble malheureusement en souffrance et il s'arrête pour marcher lorsqu'on entre à nouveau dans le beau parc du début.

Juste devant l'arche indiquant (enfin!) le 40ekm, je déroge à ma règle de base: ne jamais marcher lors d'un marathon, sauf aux stations d'aide si je n'ai pas le choix. Je m'arrête marcher 20 secondes en buvant en me disant que je n'arrête plus jusqu'à la ligne d'arrivée par la suite. Une bénévole médicale me regarde avec suspicion et me demande si ça va. Je lui dit oui et je repars. J'essaie d'accélérer légèrement pour terminer ce marathon et je réussis. Je suis super fier de moi lorsque j'aperçois la rangée de drapeaux menant à l'entrée du Stade. Je jette un oeil au-dessus de moi sur le drapeau des JO qui flotte et je fais mon entrée dans le Stade ouvert.

Vue du Stade Olympique à l'approche de l'arrivée


Dernière ligne droite avant d'entrer dans le Stade! Iamsterdam!

La fin du marathon est géniale, avec ce tour du Stade alors que celui-ci est plein. Je franchis la ligne d'arrivée en criant les bras dans les airs, aussi heureux que si j'avais terminé en moins de 3h. Mon chemin de croix s'est finalement terminé en 3h26, mon marathon le plus lent après mon premier à Boston. J'avais même fait mieux à Montréal il y a 3 ans avec 3 crampes à gérer!

Je reçois ma médaille et après avoir bu une de leurs bouteilles de jus d'orange McDo, je retrouve rapidement Julie qui marchait en direction de l'arrivée des marathoniens. Elle est évidemment super fière de moi pour l'avoir complété dans ces conditions et on attend que la pluie cesse un peu pour marcher en direction du métro. On s'arrête finalement bruncher en chemin dans un restaurant offrant un menu marathon (bagel à la crème et au saumon fumé...et gâteau au fromage...vraiment meilleur en Amérique qu'en Europe par contre!). Je porte fièrement ma médaille au cou et en portant Mathéo dans son porte-bébé par la suite, celui-ci me réchauffe jusqu'à notre retour à notre hôtel d'Amsterdam.



Conclusion et réflexion: Je ne suis pas encore prêt pour un marathon en moins de 3h. Après une pause, je vais m'entraîner à nouveau mais sur des vitesses pour 3h03. Un pas à la fois. Et je vais recommencer à courir avec ma ceinture de fréquence cardiaque car je pense que je dépense beaucoup plus d'énergie que je devrais parfois. Ça pourrait m'aider à mieux gérer mon effort pour éviter de revivre Ottawa ou Amsterdam. Et idéalement, si je cours à nouveau un marathon très loin de chez moi, j'essaierai de courir celui-ci au début du voyage et non à la fin de celui-ci pour être plus focus et davantage contrôler ce que je peux contrôler avant un marathon!

Mais en attendant, je vais franchir une grande étape à la course à pied cette semaine: courir avec Mathéo dans sa poussette adaptée pour la course. J'ai super hâte...j'espère qu'il a aussi hâte que moi!!!





mercredi 23 avril 2014

Boston Strong ou Courir avec son coeur


21 avril 2014, jour du marathon

5h du matin: Mon réveil est mis pour 6h15 mais je ne m'endors plus et je me sens reposé. J'en profite pour me préparer mentalement. On est arrivé vendredi matin à Boston et avec l'ambiance festive qui règne ici, on peut presque oublier qu'on court un marathon lundi tellement. Oui, il y a beaucoup d'émotion dans l'air en raison des attentats de l'an dernier, mais tout le monde est également festif et souhaite tourner la page. La présence policière est également forte mais les contrôles se font rapidement et sont plus aléatoires qu'annoncés.





Depuis notre arrivée ici, malgré une extinction de voix et une toux qui ne me lâche pas, nous sommes allés écouter les Canadiens battre Tamba Bay dans un resto-bar (avec les rares écrans qui ne diffusaient pas le match des ennemis jurés, les Bruins), nous sommes allés marcher à Harvard, passé plusieurs heures à l'expo-marathon, été au souper de pâtes officiel et voir un match des Red Sox (marathon oblige le lendemain, nous avons quitté en 6e manche vers 21h alors qu'ils perdaient 5-0...ils ont finalement gagné 6-5!)




















Encore dans mon lit à l'hôtel, je focus sur mon marathon à venir et me rappelle alors mes 3 mantras et plan de match:

-Courir relax les premiers 25km
-Vive les côtes entre le 25e et 34e km
-M'accrocher pour les 8 derniers km

Ma blonde m'a également rappelé que je devais avoir un mantra si jamais ça allait mal. J'y vais avec celui-ci:

-Un mur, ça se grimpe!

Dans tous les cas, j'adore les marathons pour toute la gestion physique et mentale qu'ils demandent. C'est mon 10e marathon mais il y a toujours des moments plus difficiles imprévus et c'est un beau défi de relever ces difficultés. C'est souvent tentant également de marcher ou de prendre une pause mais je me suis toujours juré de ne jamais marcher dans un marathon, sauf à des stations d'aide au besoin le temps de me ravitailler.

Mon objectif est d'avoir du fun. Question temps, je pensais au départ compléter le marathon en 3h20 car j'avais réalisé que les gens courent généralement 10-15 minutes plus lentement ce marathon que leurs autres marathons, étant donné qu'il est très difficile et tôt dans l'année. Mais récemment, j'ai réalisé que je devrais pouvoir le compléter entre 3h10 et 3h15, 3h09 dans le meilleur des scénarios. Je ne souhaite pas me mettre de pression mais je devais en même temps fournir à mes supporteurs mes temps de passage prévus pour qu'ils puissent me suivre. J'espère seulement que mon état de santé sera correct et je m'encourage en pensant que j'ai bien dormi les dernières nuits et fait le plein de glucides.

JP, Francis, Julie et bébé-cachette, qui fête ses 30 semaines dans le ventre de Julie aujourd'hui, m'attendront près du 25ekm, juste avant les fameuses côtes de Boston.

Vers 6h30, je termine mes préparatifs, sans oublier mon tatoo Boston Strong sur l'épaule droite et mon bracelet noir fait des affiches de l'an dernier. Nous avons reçu à l'expo-marathon ces 2 items pour se rappeler les attentats de l'an dernier. 




J'embrasse Julie et je quitte finalement mon hôtel avec mon déjeuner dans un sac en direction des autobus qui nous transporteront à la ligne de départ, à 42,2km de Boston. Je suis calme et confiant. Je discute avec les bénévoles super sympathiques en attendant les autobus...ils sont 10 000 bénévoles à travailler pour le marathon de Boston et la logistique est toujours aussi impressionnante...600 autobus scolaires sont mobilisés pour transporter les coureurs à la ligne de départ.

Une fois au départ du marathon, nous attendons d'être appelé en fonction de nos numéros de dossards sur la ligne de départ. Je fais partie de la première des 4 vagues, coral 7 sur 9, numéro 6317, ce qui indique que j'ai réalisé le 6 317e meilleur temps de qualification parmi les 36 000 coureurs. À ma connaissance, seul le marathon de Boston permet de connaître la vitesse d'un coureur en fonction de son numéro de dossard.

On marche vers la ligne de départ et je me surprend à siffler, encore calme et confiant. Déjà, l'accueil incroyable des gens de la région se fait sentir. Des résidents de ce village ont installé une tente où ils offrent gratuitement aux coureurs des bananes et de la crème solaire! La météo s'annonce plus élevée que les moyennes de saison (plus de 20 degrés au lieu des 13 degrés habituel) et j'en profite pour mettre un peu de crème solaire. Un peu plus loin, des supporteurs se font un BBQ et nous offrent gratuitement de la bière et des beignes! :-)

Nous sommes le lundi du Patriot's Day (journée fériée au Massachussets) et c'est une tradition pour les Bostonnais qui ne courent pas le marathon d'aller encourager en fêtant...les célébrations commencent généralement dès le départ du marathon à 10h du matin!

10h du marin arrive et c'est l'hymne national, avec un moment de recueuil en mémoire des personnes décédées l'année précédente lors des attentats.

Enfin, le départ est donné.

Fidèle à mon plan de match, je pars relax sans trop me soucier de ma montre. Je cours complètement à droite, j'ai le sourire facile, tellement heureux de courir ce marathon et je donne des high five à tous les enfants qui tendent la main au départ du parcours. J'ai déjà un premier pincement au coeur en donnant un high five à un jeune garçon handicapé. Je me dis qu'il ne pourra probablement jamais courir de sa vie alors que je suis heureux d'avoir découvert la course à pied il y a 4 ans. Je poursuis ma tournée de high five et quelques kilomètres plus loin, j'entends très fort BOS-TON BOS-TON BOS-TON. On passe devant un pub un peu au milieu de nulle part où des dizaines de jeunes étudiants boivent de la bière en brandissant le poing et en criant à notre passage. Ils sont debout devant le pub, sur la terrasse et sur le toit. Je souris.

Je poursuis ma course et consulte ma montre de temps en temps pour voir ma vitesse. J'anticipais courir à 4m22 le km environ pour cette section et je suis à 4m20 confortable. Tant mieux.

Tout se passe bien pour les 20 premiers km, j'ai le sourire facile et ma vitesse est constante. Je commence par contre déjà à me lancer des verres d'eau dans le cou et sur la poitrine avec la température qui approche les 20 degrés. Je continue à donner des high five à des centaines d'enfants et ça me donne autant de plaisir qu'à eux.  Je fais également le plein de quartiers d'oranges que de nombreux supporteurs, surtout des enfants, nous tendent. Autour du 15ekm, je dépasse un groupe de personnes handicapées, incluant le fameux Team Hoyt qui court son dernier marathon de Boston avec son garçon. Je crie pour l'encourager. Je dépasse également une petite personne, John, qui était en voie d'être la première personne de petite taille à compléter le marathon de Boston l'an dernier lorsque les bombes ont explosé. Je suis triste pour lui de le voir déjà en train de marcher, avec le nom de son gars écrit sur son chandail. Je l'encourage à persévérer.

J'arrive finalement à l'endroit où j'avais frappé un mur il y a 2 ans: les filles du Wellesley College. J'en avais embrassé une et le reste de ma course était devenu un souvenir vague et pénible. Cette fois, je me sens en pleine forme et je décide de me contenter de leur envoyer des becs soufflés, décidant que je garderai mon baiser pour Julie qui m'attend quelques kilomètres plus loin. J'ai un gros sourire à les regarder, des centaines avec des pancartes les incitant à les embrasser. Je consulte ma montre et je réalise que je franchirai le cap du demi-marathon en tout juste plus de 1h30 (1h31 en fait), plus rapidement que mes meilleures prévisions.

Je cours pour avoir du fun et je décide que c'est le temps d'ouvrir la machine et de me faire encore plus plaisir! Je décide en même temps que le slogan de cette année étant Boston Strong, je ne vais pas me ménager et je vise de compléter le marathon en moins de 3h10. Je commence à dépasser beaucoup de coureurs et j'atteins régulièrement des vitesses plus près d'un demi-marathon que d'un marathon mais je me sens bien. Je dépasse ainsi des centaines et des centaines de coureurs jusqu'à ce que je trouve enfin Julie qui crie très fort à ma vue. Je cours vers elle, m'arrête l'embrasser et lui dit que ça va super bien et de m'attendre à la ligne d'arrivée entre 3h05 et 3h10.

J'avais déjà augmenté la vitesse mais là j'ai des ailes! Je dépasse cette fois des centaines de coureurs dans les côtes, étant dans mon élément naturel avec 90% des mes entraînements ayant eu lieu dans les côtes autour du Parc Maisonneuve (vive Pie IX!) et sur le Mont-Royal. J'ai énormément de plaisir à relever ce défi et j'aperçois en haut d'une côte une arche indiquant Hearthbreak Hill is over!, la côte finale la plus difficile de laquelle je n'avais aucun souvenir il y a 2 ans! Je suis rendu au 34ekm et je constate avec surprise que j'ai couru à la même vitesse toutes ces côtes que les premiers 20km du marathon qui étaient légèrement en descentes! J'ai une moyenne de 4m20 le km après 34km. Je n'en reviens pas.

Je suis fier et super heureux et je réalise que je pourrais même courir mon marathon le plus rapide si je réussis à conserver le même rythme (3h04m56s)! Boston Strong! Je réalise à quel point ce marathon est unique et un superbe défi. Je donne tout dans les 8 derniers km, encouragé par la foule de 1 million de personnes. J'ai lu après la course qu'un gars qui a participé aux Jeux Olympiques mentionnait qu'il y avait plus d'ambiance à Boston qu'aux Jeux Olympiques et que ça durait pendant 3 heures en plus! Je n'ai aucune difficulté à le croire. Je suis également heureux de croiser Julie, l'autre petite personne qui avait été arrêté l'an dernier près de la ligne d'arrivée du marathon, et qui semble en grande forme. Impressionnant et inspirant car ces personnes ont pratiquement le double de foulées à faire pour compléter la même distance que moi.

Je mentirais de dire que les 8 derniers kilomètres étaient faciles. J'ai serré les dents souvent dans les descentes car mes quadriceps chauffaient et je tentais de garder la même vitesse. Il faisait également plus de 20 degrés et je devais m'asperger d'eau partout, incluant sur la tête, à presque toutes les stations d'aide (à chaque 1,6km). J'ai commencé à voir un peu d'étoiles à 3km de la ligne d'arrivée et j'essayais de me concentrer sur ma technique. J'ai réalisé que je ne ferais pas mon meilleur temps mais que j'allais être tout juste au-dessus de 3h05.

Au dernier tournant sur Bolyston Street, j'ai tout donné dans le sprint final qui m'a semblé interminable et j'ai levé les bras de fierté dans les airs. Pas autant pour mon temps final (3h06m14s, seulement 78 secondes plus lentement que mon meilleur temps mais sur un parcours vraiment plus difficile) mais pour avoir eu autant de plaisir et d'avoir donné le meilleur de moi-même.

Plus tard, j'apprendrai que j'aurai finalement dépassé plus de 3 000 coureurs pour terminer le marathon en 3 426e place, dans le premier 10% des coureurs!

Les bénévoles nous remettent nos médailles en nous remerciant comme d'autres l'ont fait au cours du week-end pour être venu courir à Boston. C'est plutôt à nous de les remercier d'être là et c'est eux en plus qui étaient la cible des attentats l'an dernier. J'embrasse ma médaille qu'on me dépose autour du cou, je m'asperge d'eau sur la tête et j'ai un sourire stupide au visage jusqu'à ce que je retrouve mes quatre supporteurs.



 Après une douche, une courte sieste (et mon classique gâteau au fromage d'après-marathon!) et les retrouvailles avec les autres amis coureurs, nous allons au plus vieux stade de baseball en Amérique, le Fenway Park, pour un pré-party privé. Le trophée de la série mondiale est sur place pour une prise de photos, tout comme la mascotte de l'équipe. On transfère par la suite au House of Blues, une sorte de Metropolis, où les gagnants du jour reçoivent leur trophée. C'est incroyable d'assister à la remise du trophée du premier Américain à remporter ce marathon depuis plus de 30 ans, le vieux Meb âgé de 38 ans! Le DJ est en feu et la piste de danse s'enflamme ensuite, rien de tel pour faire circuler l'acide lactique. Même Julie et sa bédaine est de la fête jusqu'à la fin du party vers 23h30.



J'avais dit à Julie il y a plusieurs semaines/mois que ce serait mon dernier marathon de Boston avant plusieurs années, souhaitant y retourner pour l'encourager lorsqu'elle se qualifiera de son côté. Il y a plusieurs autres marathons à faire au monde. Par contre, il n'y a qu'un seul marathon de Boston et Julie adore m'accompagner pour ce week-end...on se garde donc la porte ouverte pour voir à chaque année si j'y retourne ou non!

J'encourage fortement tout ceux qui peuvent s'y qualifier de le faire et vous comprendrez tout de suite pourquoi de nombreux coureurs y retournent année après année. Ce n'est pas seulement pour la fierté d'avoir réussi le temps de qualification, c'est également pour le support incroyable des gens de Boston lors de ce week-end.

D'ici ma prochaine visite à Boston, mon plus gros défi de l'année est encore devant moi: courir celui d'Ottawa en moins de 3h dans 5 semaines. Courir celui de Boston en 3h06 me donne énormément de confiance (Ottawa est vraiment facile et rapide comme marathon en comparaison à celui de Boston et en plus il y aura un lapin pour 3h) mais en même temps, je suis hyper heureux de mon résultat à Boston cette année qui a probablement été mon meilleur marathon à vie compte tenu du parcours. À suivre donc pour ce qui sera mon dernier marathon avant de devenir père au début juillet...:-) Et pour ça, j'ai encore plus hâte que j'avais hâte au marathon de Boston!!!