lundi 27 octobre 2014

Marathon d'Amsterdam: Contrôler ce que je peux contrôler

18 octobre 2014, 20h30.

Nous venons enfin de rentrer à notre hôtel à Amsterdam après avoir attendu trop longtemps nos repas take out qui ne devaient prendre que 15 minutes à préparer. Ça fait qq heures que je suis un peu étourdi sans savoir si c'est la faim ou la fatigue (probablement les deux). On ouvre finalement nos sacs contenant nos soupers et je ne peux m'empêcher de lâcher un sacre en voyant la grosseur de ma portion de lasagne la veille du marathon. Heureusement que Julie avait commandé un surplus de riz avec son plat Indien. Je dévore mon entrée de lasagne, mange une partie de son riz et me dit que ça devrait faire l'affaire car il est près de 22h et que je dois préparer mes trucs pour le lendemain avant d'aller me coucher.

Nous avons quitté Liège en Belgique le matin même à 11h30 pour l'habituelle tournée des transports, heureusement avec Mathéo qui fut un excellent voyageur tout au long du voyage, particulièrement dans les transports. 10 minutes de train pour changer de gare à Liège, 1h pour se rendre à Bruxelles, attente de 90 minutes à l'aéroport de Bruxelles pour manger un sandwich, enregistrer les bagages et passer les contrôles, arrivée à Amsterdam à 17h, attente des bagages, autobus de 15 minutes pour s'arrêter rapidement à l'expo-marathon récupérer mon dossard et chandail offert, tramway complètement bondé pour se rendre au centre-ville d'Amsterdam en 20 minutes et 20 minutes de recherche de notre hôtel à pied avec Mathéo et tous nos bagages pour arriver à l'hôtel à 18h30.

J'ai toujours adoré visiter les expo-marathon mais avec Julie et Mathéo qui m'attendent, ce fut surtout l'occasion d'un léger réchauffement à la course à pied pour faire ça le plus vite possible. J'ai quand même pris quelques photos pour montrer l'ambiance: un DJ qui anime et un superhéro géant rappelant le thème du marathon cette année. L'ambiance est à la fête sur place mais c'est demain que la fête aura lieu de mon côté. J'ai au moins le temps d'apercevoir le fameux Stade Olympique où aura lieu le départ et l'arrivée du marathon. Il s'agit du Stade utilisé pour les JO de 1932, premiers Jeux où les femmes ont d'ailleurs pu courir le marathon et première fois que la fameuse flamme Olympique fut allumée.







Julie est super excitée pour moi et me demande comment je me sens à la veille du marathon. J'ai très hâte d'aller courir, de découvrir ce beau parcours, mais je ne me sens pas très compétitif, surtout après une semaine de vacances en Europe. Je sais également que la différence est grande entre un marathon en 3h04 (mon plus rapide à présent) et un marathon en 2h59 et que je devrai être prêt à souffrir.

Malgré tout, je me suis bien entraîné les 2 mois avant ce voyage et j'ai quand même 4 plans pour ce marathon:

Plan A: Moins de 3h
Plan B: Record personnel
Plan C: Qualification pour Boston en moins de 3h10
Plan D: Le terminer!

La météo annoncée est de 18 degrés au lieu des 13 degrés habituels et ils ont même émis un avertissement de chaleur! Ça fait beaucoup rigoler les Nord-Américains habitués à courir des marathons à des températures plus élevés! Les vents annoncés sont de 40km/h, ce qui sera une première pour moi.

Sans être des conditions dramatiques, pour ces raisons, j'oublie déjà mon plan A et je pense que le plan B peut être réaliste mais je sais qu'au fond de moi, l'important est que je le termine, sauf en cas de blessure. Je n'aurais jamais pensé dire ça mais depuis mon abandon du marathon d'Ottawa, ça m'est resté en tête et je ne veux plus vivre ça. Ça semble ce qu'il y a de plus facile à faire d'abandonner quand tout va mal mais c'est bien pire mentalement par la suite et ça reste en nous. Je ne veux pas revivre ça.

Je dors bien pour une veille de marathon, encore une fois avec la contribution de Mathéo qui fait sa nuit. Je me réveille en avance et comme je m'enligne pour avoir 1h à attendre mon départ au Stade, j'accepte finalement l'offre de Julie qu'elle m'accompagne avec Mathéo pour me voir dès le départ. Je m'occupe de Mathéo pendant que Julie se prépare, mais un bébé étant un bébé, on sort de notre hôtel 15 minutes plus tard que prévu, à 8h45. Le départ du marathon est à 9h30 et on doit marcher 5 minutes vers la gare de train et c'est ensuite 20 minutes de métro. Je vois un taxi devant notre hôtel et j'ai une envie de le prendre mais je me dis qu'on sera OK.

On arrive à la gare de train et on perd 15 minutes avec la machine automatique pour acheter des titres de transport. Je souhaitais me procurer les billets la veille mais j'étais finalement trop fatigué pour m'occuper de ça. Je commence à stresser pas mal lorsqu'on embarque finalement dans le métro à 9h...

Pas le choix, je devrai franchir les 1,5km entre la station de métro et le Stade en réchauffement pour le marathon...sauf qu'il est 9h20 lorsque je sors du métro...ça fait un réchauffement pas si mollo que ça, en plus que je dois demander mon chemin. J'embrasse Julie et Mathéo et on se confirme les points de rendez-vous.

Toujours dans le métro à 9h20...le départ du marathon est à 9h30...


J'arrive finalement au Stade juste avant 9h30 pour réaliser que l'entrée vers le Stade est super étroite et que je ne peux dépasser les autres coureurs pour aller rejoindre ma vague de départ, pour les gens qui visent à le faire en 3h. Dans ma tête, c'est la panique. J'aurais envie de pleurer. Je ne peux croire que je traverse l'Atlantique pour faire un marathon et que je manquerai mon départ de 2 minutes. J'entends sans le voir le départ des pro et de ma vague. Je dois me parler, travailler mon mental et me rappeler mon mantra pour ce marathon: contrôler ce que je peux contrôler. Je me convainc que ce n'est pas grave, que mon plan de suivre le lapin de 3h compte tenu de la météo m'aurait peut-être brûlé. J'arrive finalement sur la piste où part le marathon et je vois un corridor libre qui semble être celui des coureurs de ma vague qui sont déjà partis. Je crie aux bénévoles 3h marathon et ils me regardent en voulant dire :Whatever, ta vague est déjà partie mais va y.

Vue de l'intérieur du Stade Olympique la veille du marathon


C'est finalement un départ. Je me force à crier un peu et lever les bras dans les airs pour prendre une attitude positive. Je fais un demi-tour de piste et on sort du Stade au son de musique techno super forte.

Je cours complètement à droite pour essayer de rejoindre des coureurs qui courent à ma vitesse. Sauf que les rues sont vraiment étroites sur les 2 premiers km du parcours avec 16 000 marathoniens et on doit en plus faire attention au sol car c'est une voie empruntée par les tramways et il y a beaucoup de rails par terre. En arrivant dans le plus grand et plus beau parc d'Amsterdam (Vondelpark), je sens que j'ai rejoint des coureurs de ma vitesse et que je peux être plus constat.
L'entrée du Vondelpark où nous passons après 2km


À ma surprise, lorsque j'arrive au 5ekm, j'y suis exactement dans mes temps prévus. Je sens par contre que j'ai dépensé plus d'énergie que prévu avec mes nombreuses accélérations et je ressens déjà le soleil et les 18 degrés. Les stations d'aide sont situées à tous les 5km et je m'asperge déjà d'eau sur la tête et sur le corps. Les bénévoles semblent surpris, ça semble moins populaire comme moyen de ne pas surchauffer en Europe qu'en Amérique.

Au 7ekm, pas le choix, j'ai déjà besoin de prendre un gel. Je me dis que la journée sera longue car je n'ai jamais pris de gel si tôt dans un marathon. De toute façon, avec l'espèce de jus d'orange à la McDonald qu'ils donnent comme boisson sportive, sûrement sans électrolyte, je dois encore plus que d'habitude prendre mes gels et mes capsules de sel.

Enfin, je continue quand même à courir autour de 4m15-4m20 le km et le gel me donne un peu d'énergie. On franchit ensuite un des points marquants du marathon en passant à travers le splendide bâtiment abritant le musée le plus populaire d'Amsterdam (Rijksmuseum). Je croise Julie et Mathéo qui m'encouragent et je leur fais un beau sourire en pointant ma montre pour signifier que je suis sur mes temps de passage.

Un des symboles du marathon d'Amsterdam: courir sous le Rijksmuseum


La foule est très nombreuse à nous encourager mais elle est silencieuse, criant seulement pour les coureurs qu'elle connaît. J'essaie de les réveiller un peu en leur faisant signe qu'on ne les entend pas mais j'obtiens un résultat mitigé. On cours toujours dans les rues d'Amsterdam et l'architecture est superbe et dépaysante. Dans une courte section aller-retour, je croise le groupe de tête, une quinzaine d'Africains, suivi un peu plus loin de la personne qui devait être mon guide touristique pour la journée, le lapin du 3h qui court avec des ballons blancs inscrits 3h dessus. Plusieurs coureurs sont avec lui et je suis surpris qu'ils sont seulement 1-2 minutes devant moi. J'en suis heureux mais je décide de conserver le même rythme et de ne pas tenter de les rejoindre. Tant mieux si c'est le cas mais je ne veux pas me brûler davantage et je me doute que je n'ai pas la journée pour réussir un marathon en 3h aujourd'hui.

Au 10ekm, on sort de la ville pour longer une rivière pour les 20 prochains km qui nous amènent dans la campagne d'Amsterdam. Ça ressemble un peu au marathon d'Ottawa autour du Canal Rideau mais c'est la vraie campagne autour avec des champs verts et de superbes maisons de campagne. Des bateaux de l'organisation circulent sur la rivière avec des DJ qui font jouer de la musique techno super forte. Vraiment sympathique. Ce qui est moins sympathique, c'est le puissant vent de face de 40km/h. J'essaie de courir avec d'autres coureurs et de conserver la même vitesse mais après seulement 10km dans le marathon, c'est mauvais signe de devoir forcer autant. Je m'encourage en sachant qu'en revenant de l'autre côté j'aurai le vent de dos pour les 10km suivants.

J'arrive au turn-around près de la marque du 20km et je suis heureux de constater que j'ai à peine ralenti ma vitesse, mais je me sens fatigué. Je prends un deuxième gel et je constate que je ne sens pas le vent de dos que j'espérais, et que le gel ne fait pas une grande différence. Merde. Je sais à ce moment que c'est terminé pour moi aujourd'hui, que j'aurai couru les 20 premiers km mais que je devrai me contenter de survivre pour les 22 prochains. Je ne suis pas particulièrement surpris ni déçu. Je me dis que je vais y aller pour le plan C, une qualif pour Boston en moins de 3h10 et que j'en profiterai pour observer davantage le paysage et profiter de la chance que j'ai de courir ce marathon.

On franchit d'ailleurs la marque du demi-marathon tout près d'un fameux moulin à vent de la Hollande et je suis à 1h33 de course. Mais tranquillement, ma vitesse diminue, passant autour de 4m30 le kilomètre vers 4m45 au cours des kilomètres suivants.

Au ravitaillement du 25ekm, je commence à me sentir étourdi (fatigue et manque de nourriture je pense) et pour la première fois je marche environ 1 minute à la station d'aide en buvant et en m'aspergeant d'eau. Le soleil nous a quitté après 10km et c'est maintenant nuageux mais j'ai quand même très chaud.

La petite pause me fait du bien et le plus beau moment de mon marathon approche alors que Julie et Mathéo m'attendent autour du 26ekm. Je ralentis pour m'arrêter à la hauteur de Julie et je sens dans son regard qu'elle a peur que je lui mentionne que je vais abandonner. Je lui dis plutôt que je n'ai aucune énergie et que c'est tough mais que je vais le terminer, probablement autour de 3h10. Je l'embrasse et embrasse Mathéo qui est bien réveillé et je poursuis ma route avec un regard derrière moi en leur direction. Je sens une vague d'émotion m'envahir. Faut vraiment aimer quelqu'un pour se déplacer en métro sur le parcours avec un bébé de 3 mois pour l'encourager et le voir seulement qq secondes.

Mon petit bonheur sera de courte durée. On est maintenant dans la partie laide du marathon, une zone industrielle, et je cours sur le pilote automatique autour de 5 minutes du km maintenant. Je me fais énormément dépasser et je suis vraiment étourdi. Je réalise que ne réussirai jamais à compléter le marathon en 3h10 et que ce sera plutôt autour de 3h20-3h30. Je décide de ne pas trop m'en faire, de ne pas trop consulter ma montre et d'y aller un km à la fois et de marcher un peu aux stations d'aide. Je commence à remercier les bénévoles et je me surprend même à chanter un peu pendant que Cum on feel the noize joue sur mon iPod (essayez de résister à cette chanson en courant!).

Autour du 30ekm, la pluie débute. Re-merde. Je cours maintenant autour de 5m30 le kilomètre et j'ai presque froid. Je pense également à Julie avec Mathéo qui m'attendra plus longtemps que prévu sous la pluie. J'essaie d'aller plus vite mais je n'ai aucune énergie. Je cours maintenant plus lentement que lors de mes marathons à la fin de mes Ironman! Je ne comprends pas car je m'étais bien entraîné pour ce marathon mais visiblement l'absence de carb load efficace (manger beaucoup de glucides, des pâtes entre autres, les jours précédent le marathon...normalement je mange comme un ogre la veille d'un marathon) et probablement mes accélérations au début du marathon m'ont fait mal.

J'aurais TELLEMENT envie d'abandonner mais je me suis juré que ça n'arriverait pas, à moins d'une blessure. Les km passent tellement lentement mais heureusement, autour du 35ekm, on arrive dans la ville à nouveau et je peux profiter de l'architecture. Des supporteurs commencent également à m'encourager en criant mon nom inscrit sur mon dossard...je présume que je dois avoir l'air d'un gars qui en a besoin!

Un gars me dépasse alors qui court avec un speedo aux couleurs du drapeau américain et il tient un petit drapeau du même pays. Outre son speedo, il ne porte que ses souliers. La foule l'encourage bruyamment et il fait rire tout le monde. Ça me fait sourire et j'essaie de courir avec lui pour changer le mal de place. Il semble malheureusement en souffrance et il s'arrête pour marcher lorsqu'on entre à nouveau dans le beau parc du début.

Juste devant l'arche indiquant (enfin!) le 40ekm, je déroge à ma règle de base: ne jamais marcher lors d'un marathon, sauf aux stations d'aide si je n'ai pas le choix. Je m'arrête marcher 20 secondes en buvant en me disant que je n'arrête plus jusqu'à la ligne d'arrivée par la suite. Une bénévole médicale me regarde avec suspicion et me demande si ça va. Je lui dit oui et je repars. J'essaie d'accélérer légèrement pour terminer ce marathon et je réussis. Je suis super fier de moi lorsque j'aperçois la rangée de drapeaux menant à l'entrée du Stade. Je jette un oeil au-dessus de moi sur le drapeau des JO qui flotte et je fais mon entrée dans le Stade ouvert.

Vue du Stade Olympique à l'approche de l'arrivée


Dernière ligne droite avant d'entrer dans le Stade! Iamsterdam!

La fin du marathon est géniale, avec ce tour du Stade alors que celui-ci est plein. Je franchis la ligne d'arrivée en criant les bras dans les airs, aussi heureux que si j'avais terminé en moins de 3h. Mon chemin de croix s'est finalement terminé en 3h26, mon marathon le plus lent après mon premier à Boston. J'avais même fait mieux à Montréal il y a 3 ans avec 3 crampes à gérer!

Je reçois ma médaille et après avoir bu une de leurs bouteilles de jus d'orange McDo, je retrouve rapidement Julie qui marchait en direction de l'arrivée des marathoniens. Elle est évidemment super fière de moi pour l'avoir complété dans ces conditions et on attend que la pluie cesse un peu pour marcher en direction du métro. On s'arrête finalement bruncher en chemin dans un restaurant offrant un menu marathon (bagel à la crème et au saumon fumé...et gâteau au fromage...vraiment meilleur en Amérique qu'en Europe par contre!). Je porte fièrement ma médaille au cou et en portant Mathéo dans son porte-bébé par la suite, celui-ci me réchauffe jusqu'à notre retour à notre hôtel d'Amsterdam.



Conclusion et réflexion: Je ne suis pas encore prêt pour un marathon en moins de 3h. Après une pause, je vais m'entraîner à nouveau mais sur des vitesses pour 3h03. Un pas à la fois. Et je vais recommencer à courir avec ma ceinture de fréquence cardiaque car je pense que je dépense beaucoup plus d'énergie que je devrais parfois. Ça pourrait m'aider à mieux gérer mon effort pour éviter de revivre Ottawa ou Amsterdam. Et idéalement, si je cours à nouveau un marathon très loin de chez moi, j'essaierai de courir celui-ci au début du voyage et non à la fin de celui-ci pour être plus focus et davantage contrôler ce que je peux contrôler avant un marathon!

Mais en attendant, je vais franchir une grande étape à la course à pied cette semaine: courir avec Mathéo dans sa poussette adaptée pour la course. J'ai super hâte...j'espère qu'il a aussi hâte que moi!!!





mercredi 23 avril 2014

Boston Strong ou Courir avec son coeur


21 avril 2014, jour du marathon

5h du matin: Mon réveil est mis pour 6h15 mais je ne m'endors plus et je me sens reposé. J'en profite pour me préparer mentalement. On est arrivé vendredi matin à Boston et avec l'ambiance festive qui règne ici, on peut presque oublier qu'on court un marathon lundi tellement. Oui, il y a beaucoup d'émotion dans l'air en raison des attentats de l'an dernier, mais tout le monde est également festif et souhaite tourner la page. La présence policière est également forte mais les contrôles se font rapidement et sont plus aléatoires qu'annoncés.





Depuis notre arrivée ici, malgré une extinction de voix et une toux qui ne me lâche pas, nous sommes allés écouter les Canadiens battre Tamba Bay dans un resto-bar (avec les rares écrans qui ne diffusaient pas le match des ennemis jurés, les Bruins), nous sommes allés marcher à Harvard, passé plusieurs heures à l'expo-marathon, été au souper de pâtes officiel et voir un match des Red Sox (marathon oblige le lendemain, nous avons quitté en 6e manche vers 21h alors qu'ils perdaient 5-0...ils ont finalement gagné 6-5!)




















Encore dans mon lit à l'hôtel, je focus sur mon marathon à venir et me rappelle alors mes 3 mantras et plan de match:

-Courir relax les premiers 25km
-Vive les côtes entre le 25e et 34e km
-M'accrocher pour les 8 derniers km

Ma blonde m'a également rappelé que je devais avoir un mantra si jamais ça allait mal. J'y vais avec celui-ci:

-Un mur, ça se grimpe!

Dans tous les cas, j'adore les marathons pour toute la gestion physique et mentale qu'ils demandent. C'est mon 10e marathon mais il y a toujours des moments plus difficiles imprévus et c'est un beau défi de relever ces difficultés. C'est souvent tentant également de marcher ou de prendre une pause mais je me suis toujours juré de ne jamais marcher dans un marathon, sauf à des stations d'aide au besoin le temps de me ravitailler.

Mon objectif est d'avoir du fun. Question temps, je pensais au départ compléter le marathon en 3h20 car j'avais réalisé que les gens courent généralement 10-15 minutes plus lentement ce marathon que leurs autres marathons, étant donné qu'il est très difficile et tôt dans l'année. Mais récemment, j'ai réalisé que je devrais pouvoir le compléter entre 3h10 et 3h15, 3h09 dans le meilleur des scénarios. Je ne souhaite pas me mettre de pression mais je devais en même temps fournir à mes supporteurs mes temps de passage prévus pour qu'ils puissent me suivre. J'espère seulement que mon état de santé sera correct et je m'encourage en pensant que j'ai bien dormi les dernières nuits et fait le plein de glucides.

JP, Francis, Julie et bébé-cachette, qui fête ses 30 semaines dans le ventre de Julie aujourd'hui, m'attendront près du 25ekm, juste avant les fameuses côtes de Boston.

Vers 6h30, je termine mes préparatifs, sans oublier mon tatoo Boston Strong sur l'épaule droite et mon bracelet noir fait des affiches de l'an dernier. Nous avons reçu à l'expo-marathon ces 2 items pour se rappeler les attentats de l'an dernier. 




J'embrasse Julie et je quitte finalement mon hôtel avec mon déjeuner dans un sac en direction des autobus qui nous transporteront à la ligne de départ, à 42,2km de Boston. Je suis calme et confiant. Je discute avec les bénévoles super sympathiques en attendant les autobus...ils sont 10 000 bénévoles à travailler pour le marathon de Boston et la logistique est toujours aussi impressionnante...600 autobus scolaires sont mobilisés pour transporter les coureurs à la ligne de départ.

Une fois au départ du marathon, nous attendons d'être appelé en fonction de nos numéros de dossards sur la ligne de départ. Je fais partie de la première des 4 vagues, coral 7 sur 9, numéro 6317, ce qui indique que j'ai réalisé le 6 317e meilleur temps de qualification parmi les 36 000 coureurs. À ma connaissance, seul le marathon de Boston permet de connaître la vitesse d'un coureur en fonction de son numéro de dossard.

On marche vers la ligne de départ et je me surprend à siffler, encore calme et confiant. Déjà, l'accueil incroyable des gens de la région se fait sentir. Des résidents de ce village ont installé une tente où ils offrent gratuitement aux coureurs des bananes et de la crème solaire! La météo s'annonce plus élevée que les moyennes de saison (plus de 20 degrés au lieu des 13 degrés habituel) et j'en profite pour mettre un peu de crème solaire. Un peu plus loin, des supporteurs se font un BBQ et nous offrent gratuitement de la bière et des beignes! :-)

Nous sommes le lundi du Patriot's Day (journée fériée au Massachussets) et c'est une tradition pour les Bostonnais qui ne courent pas le marathon d'aller encourager en fêtant...les célébrations commencent généralement dès le départ du marathon à 10h du matin!

10h du marin arrive et c'est l'hymne national, avec un moment de recueuil en mémoire des personnes décédées l'année précédente lors des attentats.

Enfin, le départ est donné.

Fidèle à mon plan de match, je pars relax sans trop me soucier de ma montre. Je cours complètement à droite, j'ai le sourire facile, tellement heureux de courir ce marathon et je donne des high five à tous les enfants qui tendent la main au départ du parcours. J'ai déjà un premier pincement au coeur en donnant un high five à un jeune garçon handicapé. Je me dis qu'il ne pourra probablement jamais courir de sa vie alors que je suis heureux d'avoir découvert la course à pied il y a 4 ans. Je poursuis ma tournée de high five et quelques kilomètres plus loin, j'entends très fort BOS-TON BOS-TON BOS-TON. On passe devant un pub un peu au milieu de nulle part où des dizaines de jeunes étudiants boivent de la bière en brandissant le poing et en criant à notre passage. Ils sont debout devant le pub, sur la terrasse et sur le toit. Je souris.

Je poursuis ma course et consulte ma montre de temps en temps pour voir ma vitesse. J'anticipais courir à 4m22 le km environ pour cette section et je suis à 4m20 confortable. Tant mieux.

Tout se passe bien pour les 20 premiers km, j'ai le sourire facile et ma vitesse est constante. Je commence par contre déjà à me lancer des verres d'eau dans le cou et sur la poitrine avec la température qui approche les 20 degrés. Je continue à donner des high five à des centaines d'enfants et ça me donne autant de plaisir qu'à eux.  Je fais également le plein de quartiers d'oranges que de nombreux supporteurs, surtout des enfants, nous tendent. Autour du 15ekm, je dépasse un groupe de personnes handicapées, incluant le fameux Team Hoyt qui court son dernier marathon de Boston avec son garçon. Je crie pour l'encourager. Je dépasse également une petite personne, John, qui était en voie d'être la première personne de petite taille à compléter le marathon de Boston l'an dernier lorsque les bombes ont explosé. Je suis triste pour lui de le voir déjà en train de marcher, avec le nom de son gars écrit sur son chandail. Je l'encourage à persévérer.

J'arrive finalement à l'endroit où j'avais frappé un mur il y a 2 ans: les filles du Wellesley College. J'en avais embrassé une et le reste de ma course était devenu un souvenir vague et pénible. Cette fois, je me sens en pleine forme et je décide de me contenter de leur envoyer des becs soufflés, décidant que je garderai mon baiser pour Julie qui m'attend quelques kilomètres plus loin. J'ai un gros sourire à les regarder, des centaines avec des pancartes les incitant à les embrasser. Je consulte ma montre et je réalise que je franchirai le cap du demi-marathon en tout juste plus de 1h30 (1h31 en fait), plus rapidement que mes meilleures prévisions.

Je cours pour avoir du fun et je décide que c'est le temps d'ouvrir la machine et de me faire encore plus plaisir! Je décide en même temps que le slogan de cette année étant Boston Strong, je ne vais pas me ménager et je vise de compléter le marathon en moins de 3h10. Je commence à dépasser beaucoup de coureurs et j'atteins régulièrement des vitesses plus près d'un demi-marathon que d'un marathon mais je me sens bien. Je dépasse ainsi des centaines et des centaines de coureurs jusqu'à ce que je trouve enfin Julie qui crie très fort à ma vue. Je cours vers elle, m'arrête l'embrasser et lui dit que ça va super bien et de m'attendre à la ligne d'arrivée entre 3h05 et 3h10.

J'avais déjà augmenté la vitesse mais là j'ai des ailes! Je dépasse cette fois des centaines de coureurs dans les côtes, étant dans mon élément naturel avec 90% des mes entraînements ayant eu lieu dans les côtes autour du Parc Maisonneuve (vive Pie IX!) et sur le Mont-Royal. J'ai énormément de plaisir à relever ce défi et j'aperçois en haut d'une côte une arche indiquant Hearthbreak Hill is over!, la côte finale la plus difficile de laquelle je n'avais aucun souvenir il y a 2 ans! Je suis rendu au 34ekm et je constate avec surprise que j'ai couru à la même vitesse toutes ces côtes que les premiers 20km du marathon qui étaient légèrement en descentes! J'ai une moyenne de 4m20 le km après 34km. Je n'en reviens pas.

Je suis fier et super heureux et je réalise que je pourrais même courir mon marathon le plus rapide si je réussis à conserver le même rythme (3h04m56s)! Boston Strong! Je réalise à quel point ce marathon est unique et un superbe défi. Je donne tout dans les 8 derniers km, encouragé par la foule de 1 million de personnes. J'ai lu après la course qu'un gars qui a participé aux Jeux Olympiques mentionnait qu'il y avait plus d'ambiance à Boston qu'aux Jeux Olympiques et que ça durait pendant 3 heures en plus! Je n'ai aucune difficulté à le croire. Je suis également heureux de croiser Julie, l'autre petite personne qui avait été arrêté l'an dernier près de la ligne d'arrivée du marathon, et qui semble en grande forme. Impressionnant et inspirant car ces personnes ont pratiquement le double de foulées à faire pour compléter la même distance que moi.

Je mentirais de dire que les 8 derniers kilomètres étaient faciles. J'ai serré les dents souvent dans les descentes car mes quadriceps chauffaient et je tentais de garder la même vitesse. Il faisait également plus de 20 degrés et je devais m'asperger d'eau partout, incluant sur la tête, à presque toutes les stations d'aide (à chaque 1,6km). J'ai commencé à voir un peu d'étoiles à 3km de la ligne d'arrivée et j'essayais de me concentrer sur ma technique. J'ai réalisé que je ne ferais pas mon meilleur temps mais que j'allais être tout juste au-dessus de 3h05.

Au dernier tournant sur Bolyston Street, j'ai tout donné dans le sprint final qui m'a semblé interminable et j'ai levé les bras de fierté dans les airs. Pas autant pour mon temps final (3h06m14s, seulement 78 secondes plus lentement que mon meilleur temps mais sur un parcours vraiment plus difficile) mais pour avoir eu autant de plaisir et d'avoir donné le meilleur de moi-même.

Plus tard, j'apprendrai que j'aurai finalement dépassé plus de 3 000 coureurs pour terminer le marathon en 3 426e place, dans le premier 10% des coureurs!

Les bénévoles nous remettent nos médailles en nous remerciant comme d'autres l'ont fait au cours du week-end pour être venu courir à Boston. C'est plutôt à nous de les remercier d'être là et c'est eux en plus qui étaient la cible des attentats l'an dernier. J'embrasse ma médaille qu'on me dépose autour du cou, je m'asperge d'eau sur la tête et j'ai un sourire stupide au visage jusqu'à ce que je retrouve mes quatre supporteurs.



 Après une douche, une courte sieste (et mon classique gâteau au fromage d'après-marathon!) et les retrouvailles avec les autres amis coureurs, nous allons au plus vieux stade de baseball en Amérique, le Fenway Park, pour un pré-party privé. Le trophée de la série mondiale est sur place pour une prise de photos, tout comme la mascotte de l'équipe. On transfère par la suite au House of Blues, une sorte de Metropolis, où les gagnants du jour reçoivent leur trophée. C'est incroyable d'assister à la remise du trophée du premier Américain à remporter ce marathon depuis plus de 30 ans, le vieux Meb âgé de 38 ans! Le DJ est en feu et la piste de danse s'enflamme ensuite, rien de tel pour faire circuler l'acide lactique. Même Julie et sa bédaine est de la fête jusqu'à la fin du party vers 23h30.



J'avais dit à Julie il y a plusieurs semaines/mois que ce serait mon dernier marathon de Boston avant plusieurs années, souhaitant y retourner pour l'encourager lorsqu'elle se qualifiera de son côté. Il y a plusieurs autres marathons à faire au monde. Par contre, il n'y a qu'un seul marathon de Boston et Julie adore m'accompagner pour ce week-end...on se garde donc la porte ouverte pour voir à chaque année si j'y retourne ou non!

J'encourage fortement tout ceux qui peuvent s'y qualifier de le faire et vous comprendrez tout de suite pourquoi de nombreux coureurs y retournent année après année. Ce n'est pas seulement pour la fierté d'avoir réussi le temps de qualification, c'est également pour le support incroyable des gens de Boston lors de ce week-end.

D'ici ma prochaine visite à Boston, mon plus gros défi de l'année est encore devant moi: courir celui d'Ottawa en moins de 3h dans 5 semaines. Courir celui de Boston en 3h06 me donne énormément de confiance (Ottawa est vraiment facile et rapide comme marathon en comparaison à celui de Boston et en plus il y aura un lapin pour 3h) mais en même temps, je suis hyper heureux de mon résultat à Boston cette année qui a probablement été mon meilleur marathon à vie compte tenu du parcours. À suivre donc pour ce qui sera mon dernier marathon avant de devenir père au début juillet...:-) Et pour ça, j'ai encore plus hâte que j'avais hâte au marathon de Boston!!!




mardi 8 octobre 2013

En route vers Boston

22 décembre 2012: Après être allé faire ma première sortie de ski de fond de l'année au Parc Maisonneuve, je déjeune rapidement et je m'inscris au marathon d'Ottawa du 26 mai 2013. Je peux ensuite me concentrer sur ce qui m'attend ce soir-là... mon mariage! Pour avoir délibérément choisi de m'inscrire au marathon d'Ottawa la journée de mon mariage donne une idée de l'importance que j'accorde à cette course pour me qualifier au marathon de Boston en 2014...

Après avoir tellement souhaité me qualifier pour le marathon de Boston en 2012, celui-ci fut finalement l'épreuve sportive la plus difficile de ma vie (voir autre article pour les détails). J'ai souhaité très fort retourner courir ce prestigieux marathon pour le vivre, du moins je l'espère, d'une toute autre façon. Les événements tragiques survenus lors du marathon de Boston en 2013 m'ont encore plus donné envie d'y retourner.

Afin de me qualifier pour Boston, je devais courir un marathon en moins de 3h10. Ayant travaillé très fort pour retrancher 3 minutes lors du marathon d'Ottawa 2 ans auparavant (chrono de 3h13), je savais que retrancher un autre 3 minutes me demanderait beaucoup de travail. D'autant plus que le marathon d'Ottawa a modifié son parcours depuis ma dernière présence et qu'il y a maintenant 2 sections avec des côtes, toutes deux après les 20 premiers kilomètres en plus.

Je me suis entraîné plus fort que jamais pour ce marathon, passant d'une moyenne de 3 entraînements par semaine pour 60km au total à 4-5 entraînements avec 80km lors de ma plus grosse semaine d'entraînement. La plus grande différence dans mon entraînement fut cependant de modifier mes entraînements afin qu'ils soient tous axés avec comme objectif de terminer en force mon marathon (dans tous mes marathons précédents, ma vitesse diminuait passablement dans la 2e partie de celui-ci). Certains disent qu'un marathon, c'est 30km de réchauffement pour 12km de course et je partage cet avis.

Je me suis donc créé un programme d'entraînement sur mesure qui débutait à la mi-mars (pour ma fête!) de 11 semaines, soit 8 semaines d'entraînement et 3 semaines de taper (repos progressif).

Au cours de ces semaines, j'ai vécu autant de hauts que de bas. J'ai parfois complété des entraînements qui m'apparaissaient très difficiles sur papier (ou qui paraissaient faciles sur papier mais très difficiles dans la pratique!) et j'ai dû en plus composer pour la première fois avec une périostite, résultat d'une recommandation de chaussure presque minimaliste à l'automne précédent qui n'était aucunement adaptée à ma technique de course. Heureusement que ma blonde est acupuncteure et qu'elle savait à quel point ce marathon était important pour moi car ce n'est pas tout le monde qui aurait voulu soigner un gars qui ne veut pas modifier son plan d'entraînement ni réduire son intensité ou son volume pendant les traitements! Les bas de compression sont également devenus encore davantage mes meilleurs amis!

J'avais également décidé de ne pas faire de course en préparation du marathon alors que j'avais toujours couru un demi-marathon en préparation de mes marathons. Ceux ni ne cadraient pas dans mon programme d'entraînement et j'ai seulement opté pour la course de 10km de LaSalle à la fin mars (ce 10km fut mon pire 10km à vie d'ailleurs!).

À la fin avril, après ma plus grosse semaine d'entraînement à vie (80km), je sens que mon corps est fatigué et je décide de prendre un taper de 4 semaines au lieu des 3 semaines prévues initialement. Autour de moi, les gens prenaient plutôt 2 semaines de taper au lieu de 3! J'essaie de me faire confiance et comme mes entraînements étaient difficiles, je sens que je dois me reposer si je veux être en grande forme pour le marathon.

Le doute s'installe quand même en moi sur mes techniques d'entraînement et la fatigue accumulée. Je décide même de m'inscrire à un marathon super rapide aux États-Unis en octobre et qui sera mon plan B si jamais je ne réussis pas à me qualifier pour Boston à Ottawa.

J'essaie en même temps de m'enlever un peu de pression en me disant que je ferai de mon mieux à Ottawa et que ce n'est pas la fin du monde si je ne réussis pas en moins de 3h10. Je décide alors de me fixer des objectifs A, B et C (moins de 3h10, moins de 3h13 et plus de 3h13).

25 mai 2013: Je quitte Montréal avec Julie pour Ottawa où je me dirige ensuite vers l'expo-marathon me mettre dans l'ambiance, m'acheter ma future paire de souliers après-marathon (fuc* le minimaliste, j'y vais avec des Kayano d'Asics, les souliers les plus à l'opposés du minimaliste!) et voir quelques amis. On va ensuite encourager ma soeur qui court le soir même son premier 10km en tant que maman et j'ai vraiment hâte au marathon le lendemain!

Après une nuit de sommeil en intervalles (...), je finis par préférer me lever plus tôt que prévu vers 5h30 et avoir le plaisir de déjeuner avec ma soeur qui s'occupe de son bébé. Ensuite, fidèle à la dernière fois, je préfère me rendre au départ du marathon sur mon vélo de ville pour les 5km à faire.

Très heureux juste avant le départ pour le marathon!

Ma façon préférée de me rendre à un marathon et de me réchauffer les jambes en même temps!


J'arrive un peu juste pour le départ du marathon (il y a vraiment beaucoup plus de coureurs que 2 ans auparavant!) mais je me positionne pas très loin derrière le lapin de 3h10 et j'aperçois Phil le pirate avec qui j'avais couru le marathon de Boston en 2012 et qui tente également de s'y qualifier à nouveau. On discute un peu et celui-ci me rappelle qu'en raison des explosions à Boston, l'engouement est grand pour cette course en 2014 et qu'il faudra courir plus vite que le standard de qualification. Une minute (écourtée) de silence est d'ailleurs faite en mémoire de ceux qui ont perdu la vie à Boston.

8:30: C'est un départ pour le marathon!

Je pars à un rythme confortable en gardant à vue le lapin du 3h10. Je ne veux pas courir avec le lapin du 3h10 mais je veux m'assurer de ne pas partir trop vite. On passe tout de suite devant le Parlement d'Ottawa et on suit le Canal Rideau pour les premiers kilomètres. Après seulement 2km, je cours un peu plus rapidement que prévu (mon rythme devrait être de 4m30) et je me retrouve juste derrière le lapin de 3h10. Je cours avec lui en me demandant si je devrais rester avec lui ou non. En fait, j'ai peur de rester avec lui et de manquer de jus à la fin et donc de terminer en 3h11. J'avoue également que de courir un marathon complet au rythme dicté par quelqu'un d'autre, ça ne me parle pas beaucoup même si ce serait sûrement une bonne idée d'un point de vue rationnel!

Finalement, je sens que j'ai de bonnes jambes (vive le long taper et le massage d'Isabelle Turcotte 3 jours avant!) et je me rappelle les paroles échangées avec Phil au départ alors je décide de faire ma propre course et je dépasse le lapin du 3h10. Il ne me reste qu'à souhaiter ne plus jamais le revoir de la course...

Les spectateurs sont déjà nombreux sur ce superbe parcours et l'un d'eux a une affiche avec un soulier en or collé sur l'affiche. Il semblerait qu'en le touchant ça porte chance. Je sus prêt à tout faire aujourd'hui alors je fais un petit crochet pour aller toucher son soulier!

Jusqu'au 10e km, je cours à mon rythme, en surveillant plus ma montre pour mes pulsations cardiaques que ma vitesse comme je cours surtout au feeling. Je réalise qu'autour de 4m20 le km je suis dans ma zone et que mes pulsations sont également dans une bonne zone autour de 162 battements/minutes. Je cours avec 2 gars qui semblent avoir la même vitesse que moi et je vois au loin le lapin du 3h05, duquel je ne veux pas m'approcher pour ne pas me brûler!

Tout va super bien, je largue les 2 autres gars lorsqu'on arrive dans la Petite Italie au 10e km et je suis dans mes temps prévus tout en ayant du plaisir à lire les nombreuses affiches des supporteurs. Mes préférées sont ''Got stamina, call me", ''Shortcut this way'' et celle de jeunes filles indiquant qu'elles sont venues nous encourager seulement pour voir nos belles fesses de coureurs! Même si la course est jeune, je sens que je suis dans une bonne journée et la météo est parfaite en plus (autour de 13 degrés). Je sens que je peux continuer à courir au feeling à 4m20 comme mes pulsations cardiaques demeurent basses.

Autour du 12km, je me rapproche tranquillement d'une fille qui court vraiment toute seule mais pas très loin du lapin de 3h05. Je me demande pourquoi elle ne court pas avec le lapin pour se protéger du vent. Je la dépasse tranquillement et tout à coup, je me retrouve vraiment tout près du lapin de 3h05. Merde! C'est beaucoup trop vite pour moi, je ne peux pas courir un marathon en 3h05, c'est impossible. Je ne suis déjà pas super confiant de pouvoir le faire en 3h10 alors...

Je dois me décider. J'ai fait mes devoirs et bien étudié le parcours et pour l'avoir couru il y a 2 ans je sais qu'on approche d'une longue partie exposée au vent. J'y vais. J'accélère légèrement et je rattrape le groupe d'environ 20 personnes qui courent avec le lapin au moment ou ceux-ci passent la table de ravitaillement du 14ekm. Je prends un premier gel, regarde ma montre et constate que ça fait exactement 1h que je cours.

Les kilomètres suivants se passent dans une belle ambiance avec mes nouveaux amis. Le gros avantage de suivre un lapin et son groupe, en plus d'être protégé du vent, c'est de ne plus avoir à se soucier de sa vitesse. Je peux donc me concentrer uniquement sur ma technique de course et bien m'hydrater. Tout va tellement bien qu'après quelques kilomètres, malgré notre vitesse rapide, mes pulsations sont descendues à 158. Je sens que je pourrais courir un peu plus vite et je dois me retenir pour ne pas partir tout seul. Je sais qu'une section de côtes s'en vient autour du 20ekm et je préfère finalement garder mon énergie pour ces côtes. Je poursuis donc avec le groupe et lorsqu'on franchit la marque du demi-marathon, ma montre indique 1h31! Wow, c'est 2 minutes plus vite que prévu et tout va super bien! J'ai une pensée pour notre coach de course à pied Steeve qui doit se dire que je suis encore parti trop vite...

C'est à ce moment que l'émotion commence à me gagner. Je sens que même si je ne sais pas si je maintiendrai ce rythme, je devrais être capable de compléter ce marathon en moins de 3h10. Je deviens très ému et je pense à la joie qu'aura Julie de me retrouver courir avec le lapin du 3h05 dans quelques kilomètres à un des endroits prévus qu'elle m'encourage. Je croise effectivement Julie et ma mère lors de notre passage au 26ekm avant de traverser le pont vers Ottawa. Je leur fais des pouces en l'air et je suis vraiment fier de ma course, ayant de la difficulté à croire à quel point tout se passe bien.



On traverse le pont et la foule la plus impressionnante du parcours nous attend de l'autre côté, juste avant une longue boucle d'environ 10km. Je réalise alors que mon ami Majid, un coureur beaucoup plus rapide que moi, se trouve dans mon groupe. On s'approche tranquillement des côtes autour du 30ekm et je sais que c'est là que tout se jouera. Mes jambes m'envoient pour la première fois le signal qu'elles ont compris dans quoi je les avais embarquées mais mon énergie est super bonne et je souhaite rester avec mon lapin, espérant même un sprint final pour terminer en 3h04 et ainsi me qualifier pour Boston par plus de 5 minutes.

On franchit la fameuse marque du 30ekm après 2h11 (encore 2 minutes plus rapidement que prévu) et la nouvelle chanson ajoutée à la dernière minute sur ma playlist marathon (remix techno de Boom Boom Pow de Black Eyed Peas) me donne le coup de fouet parfait pour attaquer une des côtes alors que le lapin commence à me demander plus d'efforts pour le suivre. Je réussis à m'accrocher difficilement au lapin jusqu'au 35ekm et tranquillement celui-ci commence à s'éloigner. Il reste encore 7km et c'est trop tôt pour tout donner pour m'accrocher à celui-ci. Je me donne comme objectif de le garder à distance et je suis quand même impressionné de voir que je cours encore autour de 4m20 le km après 35km et plus de 2h30 de course!

Julie et ma mère doivent m'attendre autour du 37ekm et ça me motive encore davantage à garder le lapin à distance de vue. J'ai de l'orgueil et je souhaite également que ma mère me voit pour une fois réussir mes objectifs lors d'un marathon auquel elle assiste. J'aperçois enfin Julie et ma mère autour du 38ekm et je suis tellement heureux, sachant qu'il ne me reste que 4km et que je devrais réussir mon marathon en 3h05! Leur présence et l'énergie de la foule me donnent des ailes pour le kilomètre suivant. Le 40e km est cependant le plus difficile de la journée et c'est la première fois que je ne réussis pas à courir sous les 4m30 le kilomètre. Je m'accroche et j'essaie de garder le rythme...et j'aperçois à nouveau le gars avec son soulier doré! Je vais le toucher à nouveau pour qu'il me porte chance dans mon sprint final à venir et je lui dis que ça marche son truc!



Après un dernier tournant, c'est enfin le dernier kilomètre. Je suis vraiment au bout de ce que je peux donner mais je me force à accélérer lorsque je vois la pancarte du 750 mètres et le lapin toujours en vue...même pas 2 fois la piste d'Étienne-Desmarteau donc un peu plus de 3 minutes...go Phil go!

Je m'étais souvent imaginé franchir la ligne d'arrivée de ce marathon en moins de 3h10 comme dans un film: avec les larmes aux yeux, en criant de joie ou super ému tout simplement. Finalement, j'étais tellement fatigué que j'ai seulement pu lever les bras dans les airs en faisant le V de la victoire. Chrono final: 3h05 et 45 secondes! 1h31 au premier demi et 1h33 au deuxième demi!

Majid m'attendait à la ligne d'arrivée et Julie et ma mère arrivent par la suite, mentionnant que j'avais couru trop rapidement pour elles et qu'elles ont donc manqué mon arrivée! :-)

Majid m'attendait à l'arrivée, frais comme une rose!

J'ai le sourire fendu jusqu'aux oreilles et en embrassant ma mère qui a les yeux mouillés, c'est à mon tour d'avoir les yeux mouillés. Je n'en reviens tout simplement pas...c'est le marathon que j'ai couru pour lequel j'avais le moins confiance en moi et ce fut une course parfaite au final. Je suis fier de mon chrono mais fier également de mes nouvelles techniques d'entraînement qui se sont avérées très payantes finalement.

Moment d'émotion avec ma mère à l'arrivée...faut dire que je suis son fils préféré...



Julie m'avait rappelé avant le marathon que je ne devais garder qu'un objectif en tête: moins de 3h10.                            Mission accomplie femme!

Nous sommes maintenant au début octobre et j'ai eu la confirmation il y a 2 semaines que je serai sur la ligne de départ du marathon de Boston en avril 2014!

J'ai tout de même décidé de courir mon marathon plan B, soit celui d'Albany, ce dimanche. Après le marathon d'Ottawa, Julie m'a offert le livre de Yves Boisvert (Pas, que je recommande à tous les coureurs et même les non-coureurs) et m'indiquant qu'elle était certaine que j'étais capable de courir un marathon en moins de 3h...

Je ne suis pas certain d'y croire et la parcours me semble finalement moins rapide que prévu mais j'ai bien l'intention d'au moins essayer... :-)

Philippe




lundi 17 septembre 2012

Ironman: Premier chapitre

- " Est-ce que les lunettes te font bien? Est-ce que tu as de l'eau dans tes yeux?" me demande Isabelle.

- " C'est super et je n'ai pas d'eau dans les yeux!" lui répondis-je.

- " C'est parce que tu nages la tête complètement sortie de l'eau!!!'' me répond t-elle en riant.

C'était en juillet 2010, alors que mon amie Isabelle m'avait invité à se joindre à leur groupe de triathlètes à Lake Placid à quelques semaines de l'Ironman auquel Isabelle allait participer. Je faisais du vélo depuis 3 ans et je venais de débuter la course à pied avec un demi-marathon, en route vers mon premier marathon 2 mois plus tard.

Comme je commençais à alterner régulièrement les entraînements de vélo et de course à pied cet été-là, je trouvais intéressant l'idée de les combiner dans le cadre d'un triathlon. Je réalisais en fait que j'arrivais à mes courses à pied les jambes déjà fatiguées car j'avais souvent fait du vélo la veille. Je me disais que tant qu'à toujours être désavantagé par rapport aux purs coureurs qui ne faisaient pas de vélo, j'étais aussi bien de faire du triathlon et d'avoir les jambes fatiguées comme tout le monde lorsque j'arrivais à la course à pied! Il me restait seulement à apprendre à nager...

Je me souviendrai toujours des premiers entraînements avec mon club de triathlon Les Chickens quelques mois plus tard où après 30 minutes de natation j'avais besoin d'un gel pour poursuivre l'entraînement et ma difficulté à compléter des tests de 400 mètres consécutifs!

J'ai persévéré en natation, j'ai même pris goût à nager tôt le matin avant d'aller travailler et avant même mon premier triathlon à vie, j'étais déjà inscrit à un demi-Ironman à la fin de l'année, dans le but avoué de m'inscrire au Ironman de Lake Placid l'année suivante. Heureusement, j'ai eu par la suite un gros coup de coeur lors de mes deux premiers triathlons à vie, soit celui lors d'un camp d'entraînement à Cuba où nous longeions la mer sur notre vélo et lors de mon premier triathlon officiel à Mont-Tremblant!

Je m'enlignais donc pour le Ironman de Lake Placid lorsque la rumeur s'est confirmée: un Ironman aurait lieu pour la première fois au Québec le 19 août 2012. Après quelques jours de réflexion, j'ai décidé de plutôt m'inscrire à celui-ci pour vivre ce moment historique et pour permettre à ma famille de pouvoir plus facilement venir m'encourager lors de cette journée.

J'ai finalement complété ma première saison de triathlon avec 3 triathlons sprint, un triathlon olympique et un demi-Ironman. Après ma saison de ski de fond, j'ai décidé de mettre l'emphase sur la course à pied au printemps avec mes 2 mois de préparation pour le marathon de Boston, ensuite de me concentrer davantage pour les 2 mois suivants sur le vélo avec entre autres un camp d'entraînement avec Julie en Virginie et pour les 2 derniers mois, de mélanger le tout en mettant l'emphase à courir les jambes lourdes/fatiguées (le meilleur conseil qu'on m'a donné pour un marathon ou triathlon!), en augmentant le volume sur le vélo et en nageant dans des lacs avec mon Wetsuit (le meilleur ami du triathlète!).

Ma semaine typique ressemblait à ceci pour les mois de juin et juillet:

Lundi: Repos
Mardi: 1h de natation le matin par intervalles au Stade (2 000 à 2 500 mètres, merci Rose!) et après le travail, 1h de course à pied tempo suivi d'un entraînement par intervalles de 60 à 90 minutes avec mon club de triathlon (merci à Steeve mon lapin!) au Parc Maisonneuve (total de 2h à 2h30 de course à pied avec moyenne de 30km)
Mercredi soir: Sortie hyper tempo d'environ 3h de vélo avec mon club CCCP (merci à Marc-André et au groupe 4 pour m'avoir obligé à pousser aussi fort sur mon vélo pour essayer de vous suivre!!!) et course à pied de 15 minutes (brick)
Jeudi: 1h de natation le matin, optionnel le soir (1h de course à pied ou 2h de vélo)
Vendredi: Repos ou optionnel de course à pied ou de vélo selon le jeudi soir, nage avec Wetsuit dans un lac parfois (1h)
Samedi: Longue sortie de vélo de 4h avec course à pied de 30 minutes par la suite (brick)
Dimanche: Longue course à pied entre 1h30 et 2h30

En général, après 2 semaines de 12h à 15h d'entraînement, j'enchaînais avec une troisième semaine autour de 18h semaine (souvent avec une compétition à la fin) avant de diminuer autour de 10h semaine pour la quatrième semaine et ensuite débuter un nouveau cycle.

Après avoir terminé ce programme à la mi-juillet avec un demi-Ironman (premier podium à vie!), une cyclosportive de 180km la semaine suivante et une première nage en eau libre de 3,8 km quelques jours plus tard, à 1 mois du Ironman, je me sentais prêt pour mon Ironman...avec un peu de repos à prendre! J'ai fait du maintien seulement pour le dernier mois (merci au groupe de Wally du Maine pour la motivation en groupe!).

Ma dernière semaine avant le Ironman, j'ai pris presque complètement off et j'ai travaillé mon mental pour être prêt à toutes éventualités, particulièrement au cas où il pleuvrait pendant le vélo ou que j'aurais une crevaison. J'ai également finalisé ma stratégie de nutrition/alimentation que j'avais déjà eu l'occasion de tester lors de compétitions précédentes.

Tout était maintenant en place pour un départ le vendredi midi pour Tremblant et la météo s'annonçait en plus parfaite pour le dimanche!

En arrivant sur le site du Ironman à Tremblant le vendredi, je suis déjà impressionné lorsque je vais récupérer mon dossard et mes sacs. On s'occupe de nous aux p'tits soins, comme si nous étions des VIP. Ce fut le même sentiment tout au cours du week-end, incluant pendant l'Ironman. Si j'avais des craintes au départ sur l'organisation pour une première édition, celles-ci étaient en train de se dissiper rapidement.





Après le banquet des athlètes du vendredi soir et le dépôt du vélo et des sacs le samedi, il ne reste plus qu'à espérer dormir qq heures avant que le réveil ne sonne à 5h du matin.



Jour J!

4h45: J'ouvre les yeux un peu avant mon réveil-matin, j'ai assez bien dormi et je profite des 15 minutes restantes pour me rappeler mon parcours pour me rendre ici. J'ai toujours dit que je souhaitais avoir du fun dans ce chemin, peu importe le résultat lors de l'Ironman. Je me suis rappelé mes débuts difficiles à la natation et mes premières tentatives de vélo de route où j'avais tellement de difficulté à clipper mes souliers que j'avais fait mon premier entraînement avec mon club CCCP avec mon vélo hybride! J'ai également visualisé ma course, la divisant en plusieurs sections pour chaque discipline, me voyant de façon positive sur chaque segment.

5h: Bien réveillé et d'attaque pour cette longue journée (!), j'ai réveillé Julie, on a mangé rapidement (1 gros gruau, 2 oeufs, un muffin, jus de pommes, lait et yaourt pour moi) et on a quitté pour la marche de 10 minutes jusqu'au site.

6h20: La zone de transition ferme et je me déplace vers le départ sur la plage pour 7h. J'ai croisé en chemin un autre Philippe avec lesquel j'ai étudié à l'université (je n'étais pas sportif à l'époque et celui-ci courait le Mont Orford pendant que je montais celui-ci en jeans!), Benoît que j'ai prévu battre pour prendre ma revenge du demi-Ironman de l'an dernier et les autres Chickens qui feront la course (Seb, Alex (Coin Coin), Phil le pirate, George et Hélène). Je réalise en mettant mon Wetsuit que j'ai oublié de laisser mes lunettes de soleil avec mon sac de vélo...Julie essaiera de me les donner lorsque je sortirai de l'eau. Au moins elles ne sont pas oubliées à notre condo. Je me suis dit que je n'aurais que des pensées positives au cours de cette journée et j'applique déjà cette philosophie, sachant également que tout ne peut aller comme prévu dans un Ironman.

Merci à la mère de Phil le pirate pour le repère qui a guidé tous mes supporteurs!


Test ultime sous le regard approbateur de Julie...avec mes lunettes de soleil sur la tête!


6h55: Je me dirige vers le départ et je retrouve Phil le pirate et Hélène à l'endroit où nous avions prévu prendre le départ, à gauche complètement, pour ne pas trop se faire brasser! Nous sommes tous des nageurs très ordinaires et personnellement, mon plus grand stress de la journée est le départ de masse avec 2 499 autres nageurs! Je suis quand même super heureux d'être là et j'ai le sourire facile.

7h: Le départ est donné!!! Je lâche un cri de joie, cours dans l'eau...et plonge!

Je suis quelque part à gauche!


Les premières minutes sont un peu cacophoniques comme dans n'importe quel triathlon où chacun cherche sa place. Les nageurs trouvent rapidement leur place et sans m'en rendre compte (probablement car je nage un peu croche!) je me retrouve en plein milieu du peloton! Ce n'était pas ma stratégie mais je réalise que je suis dans un bon endroit, profitant de l'effet de vague et personne ne me brasse. Je nage ainsi pour probablement 30 minutes consécutives. Je suis surpris de pouvoir avancer aussi facilement dans cette mer humaine et je me fais la réflexion que c'est vraiment moins pire qu'on m'avait mentionné la natation dans un Ironman.

Sur le retour, je m'éloigne un peu du centre involontairement et je me retrouve davantage brassé par les vagues lorsque je nage sur les côtés. Je retourne vers le centre et je suis surpris d'être complètement à droite tout à coup, exactement sur la ligne des bouées. Je garde cette ligne, toujours surpris de ne pas me faire grimper dessus ou tirer les jambes comme je l'anticipais et lorsque j'apperçois un tronc d'arbre dans le fond de l'eau, je sais que la plage approche! Mon épaule droite commence à être en compote mais pour l'avoir déjà soumis à 8h de ski de fond dans la même journée, je n'ai pas de pitié pour elle et je continue de me servir presque exclusivement de mes bras pour cette natation. Je nage le plus longtemps possible et je me lève pour appercevoir l'heure qui s'affiche: 8h16!!! Je lâche un cri de joie et lève les bras en l'air. Je visais 1h20 et je sais qu'à 1h16, c'est ma vitesse la plus rapide dans un triathlon!!!

J'avais demandé des pancartes humoristiques à mes supporteurs!


Je sors de l'eau et je suis très surpris de voir autant de supporteurs! On m'enlève mon Wetsuit, je dépasse au moins 50 nageurs en courant les 300 mètres nous reliant à la zone de transition et je vois plusieurs de mes fans, dont Julie qui me tend mes lunettes! Ouf!

8h20: J'entre dans les tentes de transition. On récupère notre sac de vélo dans la première et on s'asseoit sur une chaise dans la deuxième pour mettre nos trucs de vélo. L'ambiance est super le fun et on sent que beaucoup de triathlètes sont heureux que la natation soit terminée (c'est souvent la discipline la plus faible chez les triathlètes, surtout chez les gars). Je ne me presse pas trop pour être certain d'être OK pour les 180km de vélo qui m'attendent!

8h30: Je sors de la tente, un bénévole me donne mon vélo et j'embarque pour 2 boucles de 90km. Une foule impressionnante, me rappelant le marathon de Boston, nous salue lors de notre sortie. J'ai tellement réussi à nager relax et constant que je n'ai pas l'impression d'avoir nagé; mes jambes sont super bonnes et je ne fais que dépasser pendant les 15 premiers kilomètres, gardant la voie de gauche tout le long. Je vais à un bon rythme mais sans vraiment pousser alors je suis surpris de dépasser autant de gens. Un premier cycliste me dépasse finalement après 15km et un peu plus tard, dépassant d'autres cyclistes, j'entends un ''Allez, donne-lui la claque!''. C'est l'autre Phil avec lequel j'ai étudié. On échange quelques paroles et on jouera au chat et à la souris pendant plusieurs kilomètres, tout comme avec Coin Coin qui me rattrape, et tous deux finissent par s'échapper.

Je roule au feeling, sans trop regarder mon odomètre mais en m'assurant de ne pas me brûler, et je respecte ma stratégie à vélo: un gel et une capsule de sel à toutes les heures, des bouchées de bar Cliff régulièrement et au moins une bouteille de Perform (vraiment mauvais!!!) à toutes les heures avec un peu d'eau pour changer le goût (les ravitaillements sont aux 15km). Je regarde pour la première fois mon odomètre après les 30 premiers kilomètres: 50 minutes et moyenne de 35km/h! Wow! Je suis content car j'ai comme objectif de faire entre 5h30 et 5h45 sur mon vélo, soit autour de 31 à 32km/h. Le retour sur la 117 se passe aussi bien et avec l'asphalte refaite et l'absence de voiture, je comprends pour la première fois pourquoi ils ont choisi la 117 comme parcours du Ironman: c'est très beau. La courte boucle dans St-Jovite est agréable pour voir les supporteurs dans la ville, et ce malgré une asphalte en moins bon état. De retour sur la Montée Ryan et après être passé devant le spa avec un client qui se fait masser sur une chaise juste à côté de nous (!),  je suis fébrile à l'idée de voir mes supporteurs près du P2, juste avant d'attaquer ma partie préférée du vélo; les fameuses côtes du Chemin Duplesssis!



On arrive très vite de la Montée Ryan, on roule à plus de 40km/h, et j'ai juste le temps d'apercevoir quelques visages connus des Chickens, ma blonde, famille/belle-famille et amis que je salue d'un signe de main. J'ai du gros fun dans les côtes du Chemin Duplessis, je joue au chat et à la souris avec les cyclistes de gros gabarit qui me dépassent dans les descentes et que je dépasse dans les montées (l'histoire de ma vie à vélo!), et je repasse devant les supporteurs en complétant la première boucle de 90km. Je consulte mon odomètre pour la 2e fois: 2h40, moyenne de 33km/h. Super! Je suis dans la bonne voie pour atteindre mon objectif! J'entame la 2e boucle gonflé à bloc.

Sur mon vélo en compagnie de mes supers bas de compression!


Dans la montée Ryan, exactement au 100e kilomètres, je ressens pour la première fois une légère baisse d'énergie, en même temps que le soleil qui commence à sortir davantage. Je dézippe un peu ma camisole et prend un gel d'urgence. Je garde le moral mais je constate que ça devient un peu plus difficile, avec le soleil et un bon vent sur la 117 (ma vitesse dans la plus grosse côte passe de 72km/h au premier tour à 65km/h en raison du vent). Je me permet une pause pour mon premier arrêt pipi de la journée. Un bénévole tient mon vélo pendant que je suis dans la toilette chimique bleue, m'étirant les jambes tout en pissant! Je suis content de voir que je ne n'ai pas encore les jambes lourdes et ça me redonne de l'énergie.

N'empêche, les 30km suivants ont été les difficiles mentalement.  Je me fais dépasser par un nombre élevé de cyclistes, et assez facilement en plus! J'ai l'impression de ne plus avancer mais je ne vais pourtant pas beaucoup plus lentement que lors de ma première boucle, compte tenu du vent. Je me dis en même temps que je ne m'attendais pas à ce que ce soit facile un Ironman et je me force à rester zen, sachant que de pousser présentement ne ferait que me brûler et me disant que j'allais prendre ma revenge dans les côtes de Duplessis. J'essaie de manger plus pour avoir un peu plus d'énergie mais je suis tanné du goût des Cliff Bar, je n'ai pas vraiment faim et je sens que j'aurai envie de vomir si je me force trop à manger. Je n'ai alors mangé que 2 Cliff Bar et j'avais calculé que je devais en manger au minimum 3 sur mon vélo pour ne pas manquer d'énergie sur la course à pied. Too bad, je me démerderai à la course à pied. Ce fut ma seule erreur de la journée, mais ce fut une énorme erreur.

Tel qu'anticipé, mes jambes de grimpeur vont encore très bien dans les côtes de Duplessis mais l'ambiance est vraiment différente au 2e tour. Personne ne parle, le soleil tape plus fort et on sent la souffrance après 5h de vélo. Même si je grimpe bien, je vois sur mon odomètre des 9km/h dans les montées, alors que je monte habituellement ces côtes à 12km/h. Je suis quand même satisfait de mon vélo, même si je sais que le deuxième tour fut plus lent. Je lâche un cri de joie une fois la dernière côte franchie. Résultat: 2h40 ma première boucle et 3h02 ma deuxième boucle pour un total de 5h42 et 31km/h de moyenne. Je sais que je dois oublier mon objectif ambitieux de 10h30 pour cet Ironman mais mon objectif plus réaliste était de le faire sous les 11h et c'est encore fort possible.

14h: J'entre dans les tentes blanches et Kevin, un Chicken dont je ne savais pas qu'il prenait part au Ironman arrive en même temps que moi et repart rapidement sur la course à pied après quelques échanges. Je le suis à mon tour, hyper heureux d'aller entamer la partie du marathon! J'ai l'impression d'être le triathlète qui a le plus hâte à cette partie!!! J'ai basé le plus gros de mon entraînement à me pratiquer à courir les jambes lourdes, j'adore les défis qu'offre un marathon et j'ai mes 2 derniers marathons à venger (3 crampes à Montréal et mur de Berlin lors du marathon de Boston!).

Et wow...je commence à courir et au lieu d'avoir les jambes comme des 2 x 4 comme c'est généralement le cas pendant les 10 premiers kilomètres, j'ai les jambes en grande forme! Je suis heureux et je me dis que c'est la preuve que j'étais bien reposé et que je n'ai pas trop poussé sur mon vélo.

14h10: Je sors de la zone de transition, gros sourire au visage pour entamer le marathon! Ma stratégie pour le marathon est d'y aller très relax pour les premiers 10km, de courir à 5 minutes le kilomètre pour les 20 suivants et de tout donner ce qu'il me reste sur les 12 derniers, en visant entre 3h30 et 3h45.

Mes supporteurs sont presque tous réunis à ma suggestion dans les côtes du début du parcours et ils m'encouragent bruyamment lors de mon passage, tout comme les Chickens à leur station d'aide un peu plus loin. Je suis tellement heureux de courir que je dois me forcer à ne pas pousser et c'est une véritable partie de plaisir le premier 10km. Je croise en chemin Coin Coin qui me tape dans la main en me criant: ''T'es plus fort que moi à la course, allez, viens me chercher''. Je lui réponds très confiant que ce sera le cas, lentement mais sûrement. Benoît me met de son côté au défi d'aller le chercher et l'autre Phil est dans une ligue à part à la course à pied et je n'ai aucune ambition d'aller le rattraper!

Tout souriant pour le début de la course à pied.


Au turn-around après 10km, je consulte ma montre véritablement pour la première fois et je constate que ça m'a pris 55 minutes pour les 10 premiers km. Je me dis que je peux maintenant accélérer pour courir 30 secondes plus vite le kilomètre, surtout que mes jambes vont super bien et que je n'ai pas mal nulle part.

Oups...c'est là que tout change: je passe d'un gars euphorique et gonflé à bloc à un gars qui réalise qu'avec ses 2 barres de protéines prises depuis le début, je n'ai plus d'énergie pour accélérer. J'essaie fréquemment d'accélérer, je prends plus de liquides aux ravitaillements, je m'y arrête même et je me verse de l'eau sur la tête mais rien n'y fait, c'est trop tard. J'accepte finalement mon sort, que je ne pourrai compléter rapidement ce marathon et je me dis qu'au moins j'ai beaucoup de plaisir, aucune douleur et que je profiterai de cette expérience, sans savoir le temps que ça me prendra, et ça devient d'ailleurs rapidement secondaire. Je ne consulte presque plus ma montre pour le reste de la journée. Je suis relativement constant tout de même et je suis super motivé à l'approche de la fin de la première boucle lorsque je peux courir avec Julie à mes côtés pour 30 secondes. Mes pulsations cardiaques sont super basses (autour de 140) et je peux lui raconter que j'ai du fun mais que je n'ai plus de jus pour aller plus vite. Elle m'encourage et me prévient qu'une surprise m'attend au prochain tournant:

J'ai tellement ri en voyant mon beau-père et beau-frère déguisés en collégiennes de Boston!


Je passe ensuite au ravitaillement des Chickens et je suis heureux de les retrouver et qu'ils me fassent sentir comme un héros! Je me gave d'oranges à leur station (ma découverte du jour!) et je suis heureux de voir qu'au moins j'ai encore du kick pour les côtes, comme quoi s'entraîner sur le Mont-Royal et sur Pie 9, c'est payant! Je croise d'autres supporteurs et j'entre dans le village pour la fin de la première boucle.

La p'tite pluie a fait du bien sur la course à pied.


L'ambiance est incroyable dans le village et au moment où je tourne à droite pour entamer ma deuxième boucle (la ligne d'arrivée est à 100 mètres à ma gauche), je suis heureux de mes pensées car au lieu de me dire que j'ai hâte de franchir la ligne d'arrivée, je suis heureux d'avoir une deuxième boucle à compléter!

J'entame cette deuxième boucle et je suis tellement concentré sur chaque partie de la course que lorsque mes amis me disent ''C'est presque fini!'', je ris tellement ça me semble la meilleure blague de la journée! Je comprends que de leur point de vue, un demi-marathon sur un Ironman, c'est peu, mais je suis tellement au présent que ça me semble encore bien loin. Je jette un oeil à ma montre et je constate que ça m'a pris 1h55 pour la première boucle...ce sera difficile de maintenir la même vitesse et d'entrer sous les 11h mais ça me laisse plutôt indifférent comme je ne peux rien y faire de toute façon.

Les 10 km suivants sont sans histoire, sinon que je croise à nouveau Phil la comète, Benoît qui est super focus et Coin Coin qui me regarde en haussant les épaules, en ne comprennant pas pourquoi je ne l'ai pas encore rattrapé. Arrivé au turn-around, je suis maintenant à 10km de la fin et je ne prends même pas la peine de regarder ma montre. Je m'arrête maintenant à presque toutes les stations pour me ravitailler, profitant également des bouillons de poulet servis en raison d'une légère pluie rafraîchissante et je remercie les bénévoles. Ils sont incroyables, à sauter partout et nous encourager bruyamment. À environ 5km de la fin, je commence à me sentir étourdi, victime d'hypoglycémie (j'en fais régulièrement et ça ne me stresse pas particulièrement). J'ai quand même hâte au prochain ravitaillement et lorsque je m'y arrête, je prends absolument tout: 2 verres d'eau, 2 verres de Perform, 2 verres de Coke (une première car je n'ai rien à perdre!), plein de quartiers d'orange et une poignée de jujubes! Ce rush de sucres me fait le plus grand bien et je me dirige avec impatience vers la ligne d'arrivée. Je croise Hélène, Seb et Phil le pirate et je me mets à espérer qu'ils me rattrapent d'ici la fin pour qu'on termine ça plusieurs Chickens en même temps!

Alors que je passe une dernière fois au ravitaillement des Chickens, on me tend Poupou, notre mascotte en plastique. J'hésite une seconde et je prends Poupou pour courir avec celui-ci jusqu'à la ligne d'arrivée, une tradition dans notre club. Tant qu'à courir pour le fun, ce ne sera pas grave si je cours moins vite le dernier kilomètre restant et ce sera sympa pour la photo finale!

Avec Poupou, en route vers la ligne d'arrivée.


Surprise! En courant avec Poupou que je brandis régulièrement dans les airs, la foule m'applaudit comme si j'étais une vedette de rock et ça me donne des ailes! Je me retrouve à sprinter le dernier kilomètre sous les applaudissements déchaînés de la foule! À 100 mètres de l'arrivée, juste au moment où j'aperçois Julie dans la foule, je vois Kevin juste devant moi. Kevin a fait son marathon en alternant la course et la marche et comme je ne connaissais pas sa technique, je croyais à chaque fois qu'il était en train de casser et je l'encourageais. Il m'a probablement dépassé dans une pause-pipi. Je sprinte à sa hauteur, lui tape sur l'épaule et lui dit qu'on va finir ça ensemble, un à côté de l'autre sur la ligne d'arrivée. C'est ce qu'on fait et je pense que c'est une des plus belles photos de la ligne d'arrivée de cette journée!




Moment magique en compagnie de Kevin et Poupou!


18h14: 2 bénévoles viennent me voir pour me remettre ma médaille, une bouteille d'eau et s'assurer que je suis correct. On m'offre de passer au buffet (pizza, poutine et bière au menu entre autres!) mais je me contente d'un 6 pouces de Subway avec un lait au chocolat. J'aperçois mes supporteurs de l'autre côté des barrières et je vais les retrouver rapidement. Je n'ai jamais terminé une course aussi en forme et d'aussi bonne humeur, comme quoi il y a des avantages à ne pas être capable de pousser! On s'abrite une demi-heure sous une tente alors qu'un déluge s'abat et je raconte ma journée à mes supporteurs, super touché de les voir présents avec moi.

L'homme de fer et sa fan numéro 1!


Mon résultat final sera de 11h14. Je suis un peu déçu de ne pas avoir eu assez d'énergie pour courir plus rapidement mon marathon mais je suis quand même heureux de ma journée. J'ai réalisé que le plus difficile n'était pas de faire un Ironman mais plutôt l'entraînement pour s'y rendre et que le bonheur ou la joie ne se calcule pas uniquement en résultat de temps au chrono final.

La tradition pour les athlètes au Ironman est de retourner voir les derniers compléter l'épreuve juste avant minuit...voici un aperçu de l'ambiance survoltée lors de l'arrivée d'une des dernières participantes:



J'ai remercié plusieurs personnes et club dans ce compte-rendu, et je vous remercie tous à nouveau pour vos pensées pour moi en cette journée, mais je ne pourrai jamais assez remercier Julie pour son incroyable support du début à la fin. Je me souviendrai toujours du lendemain d'une conversation où j'hésitais (un peu) à m'inscrire pour le Ironman où elle s'est réveillée en me disant qu'elle avait pensé à ça. Au lieu de me dire que c'était mauvais pour la santé ou dangereux pour les blessures ou que nous n'aurions pas de temps de qualité de couple, elle m'a plutôt dit que je devrais m'inscrire car si je ne le faisais pas, je risquerais de le regretter par la suite. Et 3 semaines après le Ironman, c'est elle qui a senti que j'avais besoin de le refaire à nouveau l'an prochain pour prendre ma revenge sur la course à pied et qui m'a à nouveau soutenue dans cette décision. Quelques jours plus tard, Julie s'est également inscrire au Ironman et nous aurons la chance de prendre le départ pour la natation main dans la main!

Je ne pourrai jamais te remercier assez Julie; tu as fait plus que ta part cet été pour me permettre de suivre mon plan d'entraînement, tu as été présente à toutes mes compétitions importantes depuis qu'on se connaît et tu as fait de la journée précédent le Ironman une des plus belles journées de ma vie en acceptant ma demande en mariage.

Et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants...

La veille du Ironman, après la grande demande, avec mon bracelet d'athlète et surtout la bague de fiancée de Julie!